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L’englacement de l’Antarctique est plus ancien qu’on ne le pensait

Crédits : NASA.

L’apparition de la calotte antarctique remonte à environ 15 millions d’années pour sa partie occidentale et 35 millions d’années pour sa partie orientale. Or, une équipe de chercheurs américains a découvert que la glace était déjà présente au pôle sud durant le Crétacé supérieur, il y a 66 à 100 millions d’années. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Communications ce 7 septembre.

Si l’existence d’un climat extrêmement chaud à cette période n’est pas remise en cause, et de loin, l’image d’une Terre dépourvue de glaces en dehors de quelques très hautes montagnes ne résiste pas à l’analyse des faits. « Et ce n’était pas seulement un glacier dans une seule vallée », rapporte John M. Cottle, coauteur de l’étude « mais probablement plusieurs glaciers, voire une grande calotte glaciaire ».

Présence de glaces en Antarctique dès le Crétacé supérieur

Pour arriver à ces résultats, les scientifiques ont étudié des formations de roches vitreuses situées le long des monts transantarctiques. Ce complexe igné de Butcher Ridge (BRIC), comme l’appellent les experts, témoigne d’évènements physiques et chimiques du passé lointain, lesquels ont modifié la composition minérale des roches qui le constituent. En particulier, l’interaction de ces dernières avec l’eau et son incorporation subséquente dans le verre a laissé une signature très précieuse.

Antarctique
Évolution de la température de l’océan profond depuis 65 millions d’années. Les englacements de l’Antarctique et du Groenland tels qu’on les estime actuellement sont indiqués par les frises en bleu. Crédits : Jean Jouzel, CEA / LSCE.

« Si vous regardez la composition, vous pouvez dire quelque chose sur l’origine de cette eau », explique le chercheur. « Elle peut exister sous forme d’hydroxyle, ce qui vous indique qu’elle provient probablement du magma, ou peut être moléculaire, ce qui signifie qu’elle est probablement externe ». Or, les mesures ont montré qu’une grande partie de l’eau ne provenait pas de l’intérieur de la Terre et qu’elle possédait par ailleurs une signature isotopique analogue à celle des glaces et neiges de l’Antarctique.

Enfin, les analyses basées sur l’argon ont fait correspondre les altérations en question à la période du Crétacé supérieur, entre 72 et 105 millions d’années, confirmant un Antarctique déjà occupé par des glaciers dans ce lointain passé. « Ce que nous aimerions faire, c’est aller dans d’autres endroits de l’Antarctique et voir si nous pouvons déterminer l’ampleur de la glaciation, si nous récupérerions les mêmes résultats que ceux que nous avons déjà trouvés », ajoute John Cottle.

Ainsi, bien que l’étendue de l’englacement reste encore à déterminer, les scientifiques signalent que « nous devrions penser au Crétacé et à l’Antarctique tout à fait différemment de ce que nous faisons maintenant ».