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Tchernobyl : l’ADN des enfants de liquidateurs n’a pas plus de mutations que les autres

Série "Tchernobyl" - HOB. Crédits : Capture d'écran Youtube

L’exposition aux radiations de la catastrophe de Tchernobyl a bien augmenté le risque de certaines mutations liées au cancer de la thyroïde. En revanche, elle n’a pas provoqué de nouvelles mutations dans l’ADN des enfants nés de parents ayant participé au nettoyage du site après l’accident.

Des chercheurs se sont récemment penchés sur l’héritage génétique de la catastrophe de Tchernobyl, reconnue comme le pire accident nucléaire jamais enregistré. Un groupe s’est concentré sur les changements génétiques opérés dans les tumeurs thyroïdiennes développées chez les personnes exposées à l’iode radioactif rejeté pendant la catastrophe. Une seconde équipe s’est focalisée sur les enfants des personnes affectées au nettoyage du site.

Radiations et ADN

Des recherches épidémiologiques ont montré que les personnes exposées à l’accident de Tchernobyl avaient un risque plus élevé de développer un type particulier de cancer de la thyroïde appelé carcinome papillaire de la thyroïde. Ceci dit, si nous savons que les radiations peuvent endommager notre ADN, la nature précise de ces dommages reste cependant compliquée à appréhender.

Dans le cadre de cette nouvelle étude, des chercheurs ont analysé des tissus de tumeurs du carcinome thyroïdien détenues dans la banque de tissus de Tchernobyl. Ils ont comparé la génétique des tumeurs de 359 personnes exposées au rayonnement de Tchernobyl avant l’âge adulte avec celle des tumeurs de personnes de la même région nées plus de neuf mois après l’accident (donc pas directement exposées).

Ces travaux ont révélé que plus l’exposition aux rayonnements était grande, plus les tissus tumoraux présentaient des niveaux élevés de cassures d’ADN double brin, dans lesquelles les deux brins qui composent l’ADN se cassent au même point. Les cellules développent normalement des mécanismes permettant de réparer de telles ruptures. Or, ces résultats ont également souligné que les tumeurs présentaient aussi des erreurs dans ces mécanismes de réparation.

« Ces erreurs ne sont pas uniques aux cancers causés par les radiations », souligne Stephen Chanock, de l’US National Cancer Institute (NCI) et principal auteur de ces travaux. « Les mêmes mutations se sont produites chez les personnes non exposées atteintes de tumeurs. En revanche, elles se sont produites à un taux inférieur ».

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Crédits : Wikipedia

Les enfants de liquidateurs

Pour la seconde étude, les chercheurs ont recherché d’éventuels effets multigénérationnels de l’exposition aux rayonnements.

L’étude s’est concentrée sur les enfants du personnel intervenu sur les lieux de la catastrophe dès le 26 avril 1986 au matin, mais aussi des équipes impliquées dans la consolidation et l’assainissement du site à plus long terme (liquidateurs). Les génomes de 130 enfants nés entre 1987 et 2002 de ces individus ont été séquencés.

Pour ces travaux, les chercheurs se sont concentrés sur les mutations de novo. Il s’agit de mutations génétiques isolées dans l’ADN d’un enfant, mais qui n’étaient pas présentes dans le génome de ses parents.

Concrètement, le fait d’isoler une augmentation des mutations génétiques chez ces enfants, mais pas chez leurs parents exposés directement, aurait suggéré que les radiations endommagent le sperme ou l’ovule. À l’inverse, le fait de ne trouver aucune augmentation des mutations de novo aurait suggéré que les enfants échappent aux dommages causés à leur ADN par l’exposition de leurs parents.

Habituellement, on estime qu’entre cinquante et cent mutations de novo se produisent naturellement dans chaque génération. Ces nouveaux résultats concordent avec cette moyenne. Autrement dit, « les personnes ayant essuyé des radiations à très forte dose n’ont pas transmis plus de mutations à la génération suivante », note Stephen Chanock. « Il y a un effet, mais il est très subtil et très rare ».

Pour le chercheur, ces travaux sont un nouveau pas en avant dans la compréhension des mécanismes entraînants le cancer de la thyroïde chez l’Homme. Ils sont également rassurants pour celles et ceux ayant été exposés aux radiations lors de la catastrophe de Fukushima en 2011 qui envisageraient de fonder une famille.