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En quoi les emballages compostables sont-ils plus intéressants que les emballages conventionnels ?

Crédits : PxHere

Les emballages compostables intégrant des matériaux biosourcés et/ou biodégradables ont le vent en poupe mais restent marginaux lorsque l’on considère la quantité totale de déchets d’emballages. Néanmoins, ces alternatives représentent déjà un marché qui devrait sans cesse prendre de l’ampleur sous l’impulsion des gouvernements et des consommateurs.

Alternatives compostables, biodégradables et biosourcées

Tout d’abord, évoquons le fait qu’il existe des alternatives compostables pour différents types d’emballage, notamment dans le secteur agroalimentaire. Citons par exemple des emballages durables et biodégradables permettant de conditionner les fruits et légumes ou encore, les sacs d’expédition en bioplastique. Par ailleurs, des produits sensibles tels que les capsules de café existent également en version compostable, tout comme les sachets de thé.

capsule café
Crédits : Pixabay

En principe biodégradables, les matériaux d’emballages compostables ont besoin de conditions particulières. Ceux-ci se retrouvent souvent dans des usines de compostage industriel. Par ailleurs, les plastiques biodégradables peuvent se décomposer dans l’eau douce, l’eau de mer ou encore dans le sol. Il peut également être question d’une réutilisation en tant que compost mais les matières premières doivent faire l’objet d’une sélection drastique au moment de la production.

Pointons également une différence entre les plastiques biosourcés et les plastiques biodégradables. Les premiers intègrent des matières premières organiques et proviennent d’une production à partir de sources renouvelables. De plus, ceux-ci ne sont pas biodégradables, notamment le bio-PET ou le bio-PVC. Quant aux plastiques biodégradables, ces derniers ne sont pas forcément produits à l’aide de matières premières organiques. S’il est question de plastiques pétrochimiques, la biodégradabilité est présente mais ces matériaux ne sont pas adaptés au compostage.

En dehors de l’alimentaire, les plastiques biodégradables sont déjà présents dans divers champs d’application. Citons par exemple la collecte de déchets organiques et excréments de chiens (sacs), les matériaux de remplissage, films (ex : films de paillage) ou encore en médecine.

Quelques exemples de plastiques biosourcés

Lorsque l’on évoque les plastiques biosourcés, il faut savoir que ceux-ci peuvent intégrer une de ces trois principales matières premières : l’amidon, le sucre et la cellulose. Or, ces matières peuvent provenir de végétaux très variés comme la canne à sucre, le blé, le maïs, la betterave, le coton et autres plantes. Transformer ces matériaux en plastiques biosourcés peut passer par différents processus. Citons par exemple la transformation de l’amidon en amidon thermoplastique (TPS) sous forme de granulés, et ce à l’aide de plastifiants parfois naturels.

Évoquons aussi l’acide polylactique (PLA) – forme polymérisée de l’acide lactique – plus résistant et transparent que les plastiques d’amidon. Le PLA jouit d’une production peu onéreuse et peut prendre de nombreuses formes grâce à sa ressemblance avec les plastiques classiques. Ainsi, nous pouvons le retrouver sous forme de boîtes, de films ou encore de gobelets. Toutefois, le PLA nécessite un haut niveau de pureté des matières premières et les efforts fournis pour y parvenir représentent un inconvénient. De plus, les PLA ne sont pas facilement dégradables.

Parmi les plastiques biosourcés, nous avons également l’acide polyhydroxybutyrique ou polyhydroxybutyrate (PHB). Polyvalent, il peut s’obtenir via différents procédés et est biodégradable, malgré la complexité de sa production industrielle et la nécessité d’utiliser d’importantes quantités de sucre.

Ne pas négliger la viabilité économique

L’utilité des emballages compostables se définit par leur bénéfice pour l’environnement face aux emballages plastiques classiques. Or, ceci doit faire l’objet de nombreuses vérifications. Par ailleurs, la fonction primordiale de l’emballage doit être respectée, à savoir la protection des produits et non seulement la conservation des denrées périssables. Autrement dit, les emballages doivent représenter une barrière efficace face à toute détérioration ou influence extérieure.

Il faut également savoir que sous l’impulsion de la loi mais aussi des consommateurs, les fabricants doivent proposer des solutions viables afin de valoriser les emballages. En considérant un niveau d’exigence plutôt élevé, l’adoption d’un type d’emballage doit rester réaliste (et réalisable) suivant plusieurs critères. Le matériau doit pouvoir assurer la protection mais aussi la dégradabilité du produit sans compromis, faire l’objet d’une commercialisation à des prix raisonnables et avoir la capacité de se bio-dégrader totalement.

Ainsi, tout n’est pas seulement question de trouver un équilibre sur le plan écologique. Il s’agit aussi de prendre en compte les conditions et les coûts de production. Autrement dit, il s’agit d’avoir une considération d’ordre économique puisqu’il est également question de rentabilité. Par exemple, il existe des plastiques biosourcés peu chers (et biodégradables) mais ce n’est pas le cas de tous. Citons le PHB, dont la production n’est actuellement pas possible à l’échelle industrielle. De plus, dans un contexte d’augmentation de la demande en plastiques biosourcés, le coût des matières premières peut fluctuer, même chose dans le cas d’un processus de fabrication trop onéreux.

Ne pas oublier la notion de valorisation

Soulignons le fait que les plastiques biosourcés bénéficient dans un premier temps d’une meilleure empreinte écologique face aux plastiques classiques. Leur production et leur élimination rejettent par exemple moins de CO2, notamment grâce à l’absence de matières premières telles que le pétrole. En revanche, de nombreuses matières premières organiques proviennent de cultures agricoles traditionnelles et l’utilisation d’engrais et de pesticides incarne un important enjeu environnemental.

pesticide agriculture
Crédits : NRCS / Jeff Vanuga

Quant à la dégradabilité, la réutilisation sous forme de compost semble très intéressante malgré les exigences importantes d’un point de vue législatif. Néanmoins, ceci n’est pas totalement le cas puisque la décomposition produit principalement du CO2 et de l’eau. Or, la masse de compost qu’il est possible d’utiliser est assez faible et des doutes subsistent quant à la viabilité de son utilisation en tant que compost de haute qualité. Il faut dire que les procédés de compostage industriel autorisent des temps de dégradation relativement courts. Ainsi, l’Office fédéral de l’environnement en Suisse et d’autres institutions estiment qu’actuellement, la meilleure solution reste l’incinération, ce dernier moyen permettant d’ailleurs une valorisation énergétique.

Sans aucun doute, l’avenir promet une poursuite du développement de ces types d’emballage. Un des objectifs sera d’améliorer la production de matières premières, notamment à partir de bio-déchets. Il s’agira aussi d’améliorer la notion de valorisation à tous les niveaux. De plus, le recyclage dans la gestion des emballages en général est très important. Actuellement, les emballages classiques pourraient être beaucoup mieux intégrés en termes de valorisation et de revalorisation.

Un exemple d’innovation en matière de bioplastique

Parfois, l’innovation donne des résultats assez surprenants. En 2018, la société Crafting Plastics a créé un concept breveté baptisé Nuatan, afin de tenter d’opérer une révolution de l’industrie plastique. Selon les porteurs du projet, il s’agit d’un savant mélange de deux biopolymères que nous avons évoqué précédemment : l’acide polylactique (PLA) et le polyhydroxybutyrate (PHB). Si les deux composés ont été obtenus à l’aide d’amidon de maïs, le PHB a la particularité d’avoir été métabolisé par des micro-organismes. Par ailleurs, un autre composant vient s’ajouter au mélange : l’huile de cuisson usagée.

Les créateurs ont expliqué que le Nuatan était biocompatible. En effet, ce dernier peut s’adapter à des modes de production comme l’impression 3D ou encore, certaines méthodes de moulage – soufflage ou injection. Toutefois, la plus surprenante de ses spécificités n’est autre que son caractère inoffensif par rapport aux animaux et évidemment, aux humains. Dans l’océan et les cours d’eau, les poissons ingérant le Nuatan ne courent donc aucun risque. A l’heure où les microplastiques sont une préoccupation importante en matière de santé publique et d’environnement, des initiatives comme ce genre de bioplastique sont évidemment bienvenues.