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En Chine, on conseille (aussi) la bile d’ours pour soigner le Covid-19

Crédits : One Voice

En Chine, la Commission nationale de la santé a publié une liste de traitements recommandés contre le Covid-19. Parmi eux, figure un remède traditionnel contenant de la bile d’ours.

Le 24 février, en réponse à la pandémie de coronavirus, les autorités chinoises ont annoncé l’interdiction permanente de la consommation et du commerce d’espèces sauvages. Beaucoup, à juste titre, se sont félicités de l’initiative. Mais il est important de souligner que cette mesure ne prend pas en compte l’exploitation d’animaux sauvages à des fins de recherche ou à des fins médicinales.

La bile d’ours contre le Covid-19

Le combat semble donc loin d’être gagné pour le monde animal. En témoigne d’ailleurs une liste de traitements recommandés pour lutter contre les cas sévères d’infection par le Covid-19 publiée le 4 mars dernier par la Commission nationale de la santé en Chine. Parmi les remèdes avancés figure notamment l’utilisation du Tan Re Qing, une injection contenant de la bile d’ours.

Utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise depuis le 8e siècle, la bile d’ours (ours noir, généralement) est considérée pour sa teneur importante en acide ursodésoxycholique. Ce médicament est généralement utilisé pour dissoudre les calculs biliaires formés de cholestérol et dans le traitement de certaines maladies chroniques du foie. Il est également connu pour ses propriétés anti-inflammatoires.

En Chine, les adeptes de la médecine traditionnelle utilisent généralement le Tan Re Qing, et l’acide ursodésoxycholique qui le compose, pour soigner les bronchites et les infections des voies respiratoires supérieures. C’est pourquoi la Commission nationale de la santé en Chine n’a pas hésité à inclure le remède sur sa liste permettant de soigner le Covid-19 qui, on le sait, affecte également les voies respiratoires.

« L’animal est alors pompé deux fois par jour dans une cage »

L’acide ursodésoxycholique est disponible sous forme synthétisée depuis très longtemps, partout dans le monde, mais en Chine beaucoup préfèrent se servir directement dans la bile d’ours. Ce produit est en effet considéré par beaucoup comme plus « authentique ».

Interrogée par Sciences et Avenir il y a quelques années, Michèle Jung, de l’ONG Animal Asia, expliquait alors que la pratique la plus traditionnelle pour la prélever « consiste à mettre un corset métallique à l’ours qui maintient un cathéter, planté vif dans la vésicule biliaire. L’animal, poursuit-elle, est alors pompé deux fois par jour dans une cage ».

Les conditions de détention ne sont pas non plus en accord avec le respect de la condition animale. « L’ours grandit dans la cage et on les nourrit très peu, parce qu’un organisme mal nourri produit beaucoup de bile, poursuit en effet la militante. Généralement, l’espérance de vie d’un ours dans ces conditions est d’un mois. (…)Mais certains ours peuvent tenir plusieurs années dans une cage« .

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Crédits : Animal Asia

La publication de cette « liste de remèdes », malheureusement, ne risque donc pas freiner ce genre de pratique. Selon l’Environmental Investigation Agency (EIA), une ONG britannique, les recommandations de l’État chinois ont en effet été relayées massivement sur les réseaux sociaux par des trafiquants qui promeuvent leurs produits illégaux.

Les défenseurs de la cause animale entrevoient ainsi une croissance du commerce d’animaux sauvages et une justification, par le biais de cette liste, de la cruauté envers les ours. Ils soulignent également « l’ironie de recommander un produit issu de la faune sauvage pour traiter une maladie que la communication scientifique a majoritairement décrite comme provenant de la faune sauvage« .

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