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En Arctique, la période d’eaux libres s’allonge à un rythme inquiétant

Crédits : Wikimedia Commons.

D’après les prévisions, la période d’eaux libres en Arctique s’allongera de façon considérable d’ici à la fin du siècle. Toutefois, en limitant le réchauffement à 2 °C, cet allongement resterait inférieur de plusieurs mois à celui du scénario le plus pessimiste. Il s’agit d’une marge d’action qu’il importe de saisir au plus vite, car celle-ci se referme rapidement. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature le 3 juin dernier.

Avec le réchauffement climatique, la surface occupée par la banquise arctique diminue. Cette tendance lourde amène une fraction croissante de l’océan polaire à interagir de façon directe avec l’atmosphère. En effet, les flux d’énergie sont moins souvent freinés par une couche de glace. Durant l’été, la chaleur solaire se stocke ainsi plus massivement dans l’eau de mer et repart vers l’atmosphère en automne et en hiver, limitant le refroidissement de l’air. En outre, la présence d’eaux libres a des implications très concrètes pour le vivant, l’érosion côtière ou encore l’économie (pêche, tourisme, etc.).

Température globale et eaux libres de glace

Savoir la vitesse à laquelle les surfaces d’eaux libres pourraient évoluer à l’avenir et leur répartition est donc une question sensible. Or, selon de récents travaux, pour chaque degré de réchauffement global, la période sans glace de mer augmenterait d’un mois. Il s’agit d’une valeur moyenne à l’échelle du bassin, résumant la réponse de quinze secteurs clés selon plusieurs scénarios d’évolution climatique, l’intérieur du bassin étant plus affecté que les mers subarctiques où la glace fond quoiqu’il arrive au moment de la débâcle saisonnière.

« Nous avons déjà vu le monde se réchauffer d’environ 1 °C depuis le 19e siècle, ce qui signifie que la période d’eau libre a déjà augmenté d’environ un mois en moyenne », relate Alex Crawford, auteur principal du papier. « Si nous limitons le réchauffement à 2 °C, cela signifie 1 °C supplémentaire au cours des quatre-vingts prochaines années et une augmentation supplémentaire d’un mois (en moyenne) pour la période d’eau libre. La grande implication ici est que les humains ont un large contrôle sur l’ampleur des changements (…). Ainsi, toute réduction des émissions signifie des périodes d’eau libre plus courtes ».

eaux libres
Durée de la période d’eaux libres (en jours, axe vertical) entre 1950 et 2100 pour les quinze secteurs étudiés. La moyenne figure tout en bas à droite. Les simulations des modèles sont en gris pour la période passée et en couleurs pour le futur, selon différents scénarios (bleu : optimiste, orange : intermédiaire, rouge : pessimiste). Enfin, les observations satellitaires apparaissent en points gris foncé. Crédits : Alex Crawford & coll. 2021.

La route transpolaire, le futur du commerce transarctique ?

Un exemple marquant est la durée pendant laquelle la future route transpolaire sera navigable. Permettant des échanges optimisés entre le Pacifique et l’Atlantique en passant directement par le pôle nord, elle devrait se retrouver libre de glace au moins trois mois par an avec un réchauffement global de 3,5 °C. Ce qui correspond environ à la trajectoire sur laquelle nous nous situons aujourd’hui. Avec 5 °C de hausse, les eaux libres se maintiendraient une bonne moitié de l’année. Il s’agit d’un phénomène que l’on doit aussi bien à une débâcle plus précoce de la banquise qu’à un embâcle plus tardif.

Si ces chiffres peuvent sembler remarquables, les auteurs préviennent qu’ils ont plus de risques d’être sous-estimés que d’être surestimés. Les modèles utilisés par les chercheurs montrent en effet un recul similaire ou moins marqué que celui observé sur les décennies passées. Aucun ne surévalue ce recul, ce qui provoque un écart de la moyenne modèle par rapport aux observations réelles. « Le biais-modèle par rapport aux données satellitaires suggère que même ces projections dramatiques peuvent être conservatrices », évoque à cet égard le papier dans son résumé.