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En Arctique, la déstabilisation des “arches de glace” inquiète les scientifiques

Effondrement d'une arche de glace dans le détroit de Nares entre le 7 et le 19 mai 2017. La banquise plus au nord est libre de s'infiltre par le détroit. Crédits : NASA.

Selon de nouveaux travaux, les arches de glace qui maintiennent en place l’épaisse banquise présente au nord du Groenland et de l’île d’Ellesmere sont de plus en plus instables. Cette banquise qui serait, pensait-on, la dernière à disparaître de l’Arctique paraît ainsi plus fragile qu’attendu. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature communications ce 4 janvier.

Avec un réchauffement deux à trois fois supérieur à la moyenne globale, la région arctique est le théâtre de changements aussi rapides que variés. Le plus visible d’entre eux est probablement la diminution de la surface couverte par de la glace de mer. En moyenne annuelle, cette dernière a reculé de 12,8 % entre 1979 et 2019. Par ailleurs, on observe sur la même période une réduction de 90 % de la banquise âgée de 5 ans ou plus.

Si rien n’est fait pour limiter drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement qui en résulte, ce recul sera amené à se poursuivre. Dans ce cas de figure, l’océan Arctique devrait devenir libre de glace en saisons chaude vers le milieu du siècle. Autrement dit, abriter une banquise inférieure à 1 million de km² – définition usuelle d’un Arctique libre. La dernière zone couverte de glace à la fin de l’été serait alors limitée à une étroite région située au nord du Groenland et de l’île d’Ellesmere. Là où la glace est la plus ancienne et donc la plus épaisse.

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Géographique du détroit de Nares. Image visible (gauche) et micro-ondes (droite) le 2 mai 2018. Les arches de glace sont la partie de la banquise qui s’agrège dans les étroits détroits durant l’hiver et qui forme des sortes de bouchons empêchant la vielle glace plus au nord de dériver vers le sud.  Crédits : G. W. K. Moore & al. 2021.

Les dernières glaces, moins résistantes que prévu ?

Toutefois, de nouveaux travaux laissent penser que les choses pourraient aller encore plus vite. En effet, une étude parue ce 4 janvier indique que ces dernières glaces résisteraient probablement moins efficacement que ce que l’on estimait jusqu’à présent. Et pour cause, il se trouve qu’avec l’augmentation des températures, elles dérivent de plus en plus facilement vers le sud. Un mouvement qui les fait passer par les étroits chenaux de l’archipel canadien, en direction d’une eau plus chaude où elle fondra irréversiblement. Aussi, la disparition de la banquise n’en sera rendue que plus rapide. Une tendance critique pour les ours polaires, les morses et les autres espèces qui y trouvent refuge.

« Cette très vieille glace est ce qui nous préoccupe » explique Kent Moore, auteur principal de l’étude. « L’espoir est que cette zone résistera jusqu’au milieu de ce siècle ou même plus longtemps. Alors, espérons-le, nous pourrons éventuellement refroidir la planète [N.d.l.r. en décarbonant l’économie ou par le biais de la géo-ingénierie]. La glace recommencera ainsi à s’étendre, cette zone agissant comme une sorte de graine ». Il est en effet plus simple d’enclencher l’embâcle lorsque de la glace est déjà présente. C’est le principe de la rétroaction de l’albédo. Mais les espoirs mis sur les dernières glaces sont fragiles.

Durée de présence des arches de Nares entre 2007 et 2019. La tendance linéaire est de -7,6 jours par an. Les ronds indiquent les années ou aucune arche ne s’est formée. Crédits : G. W. K. Moore & al. 2021.

La mobilité de la banquise arctique en hausse

Les observations satellitaires utilisées par les chercheurs révèlent que les arches de glace qui remplissent les détroits et maintiennent la vieille banquise en place sont de moins en moins stables. En particulier, celles qui ferment le nord et le sud du détroit de Nares entre le Groenland et l’île d’Ellesmere. « (…) elles jouent un rôle important dans la modulation de l’exportation de glace de mer pluriannuelle depuis l’océan Arctique » souligne Kent Moore. « La durée de présence des arches a diminué au cours des 20 dernières années, tandis que la masse de glace exportée par le détroit de Nares a augmenté. La dernière zone de glace perd de la masse de glace deux fois plus vite que l’ensemble de l’Arctique ».

« C’est vraiment assez profond d’imaginer une barrière de glace de 100 kilomètres de long qui reste stationnaire pendant des mois » note l’auteur principal. « Chaque année, la réduction de la durée est d’environ une semaine. Avant, elles persistaient pendant environ 200 jours et maintenant, elles persistent pendant environ 150 jours. (…) Nous pensons que c’est lié au fait que la glace est juste plus mince et que la glace plus mince est moins stable ». Avec cette étude, les chercheurs espèrent que plus d’attention sera portée à ce processus encore mal cerné.

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