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En Amazonie, les arbres poussent plus vite et ce n’est pas une bonne nouvelle

Crédits : Wikimedia Commons.

La capacité qu’ont les forêts tropicales à stocker du carbone est un des paramètres qui détermine l’ampleur du changement climatique en cours. Or, une étude de grande envergure impliquant une centaine de chercheurs a montré qu’en Amazonie, le réchauffement favorise les espèces d’arbres à croissance rapide associées à un stockage de carbone moins efficace. Autrement dit, il s’agit d’une forme de cercle vicieux qui semble malheureusement amené à se poursuivre.

Environ 25 % du dioxyde de carbone (CO2) rejeté dans l’atmosphère par les activités humaines est absorbé par la végétation. En effet, par le processus de photosynthèse, les atomes de carbone se retrouvent fixés dans la biomasse. Ils ne participent donc plus à réchauffer le système climatique. On parle de puits de carbone. À ce titre, les forêts tropicales telles que l’Amazonie jouent un rôle de grande ampleur.

L’altération rapide de la capture de carbone en Amazonie

Toutefois, la capacité qu’ont les végétaux à reprendre du carbone à l’atmosphère n’est pas un acquis. Loin de là. Elle évolue avec le climat lui-même et les observations montrent d’ailleurs que les écosystèmes tropicaux en captent globalement de moins en moins. L’Amazonie est particulièrement touchée par cette évolution en lien avec une mortalité grandissante des arbres.

Amazonie
L’Amazonie et ses fleuves. Crédits : Wikimedia Commons.

Dans une étude majeure publiée ce 9 novembre dans Nature communications, des chercheurs ont montré que le changement climatique tend à sélectionner les espèces avec des taux de croissance plus rapides. Or, ces dernières dépérissent à un âge notablement plus jeune que les essences avec un développement relativement lent. Une modulation structurelle de ce type a bien entendu des conséquences majeures puisqu’une forêt composée d’espèces plus jeunes stocke implicitement moins de carbone. Autrement dit, elle constitue un puits moins efficace. On comprend alors pourquoi l’on observe une captation moindre et une hausse du taux de mortalité des arbres.

Des jeux d’observation rassemblés par le réseau RAINFOR

« Comprendre les principaux facteurs de la mort des arbres nous permet de mieux prévoir et planifier les tendances futures, mais c’est une entreprise énorme, car il existe plus de 15 000 espèces d’arbres différentes en Amazonie », détaille Adriane Esquivel-Muelbert, auteure principale du papier. Les résultats obtenus sont cruciaux et ont ainsi nécessité un lourd effort, mobilisant d’énormes quantités de données. Grâce au réseau RAINFOR, ce sont plus de trente ans de mesures issues d’une centaine de campagnes scientifiques qui ont pu être passées à la loupe. Elles représentent quelque 190 parcelles d’étude réparties sur le domaine forestier et totalisant plus de 120 000 arbres de 3800 espèces différentes.

« Maintenant que nous pouvons voir plus clairement ce qui se passe dans toute la forêt, il y a des possibilités d’action claires. Nous constatons que la sécheresse entraîne également la mort des arbres, mais jusqu’à présent uniquement dans le sud de l’Amazonie » précise Beatriz Marimon, coauteure du papier. « Ce qui se passe ici devrait servir de système d’alerte précoce, car nous devons empêcher que le même sort ne dépasse les arbres ailleurs ».