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En Allemagne, les loups ont un allié surprenant : l’armée

Crédits : Pixabay

Les loups, passés très près de l’extermination en Europe au cours du XXe siècle, se rétablissent peu à peu. On en dénombre aujourd’hui plusieurs milliers, notamment en Allemagne, où la population augmente de 36 % par an. Et selon une récente étude, les bases militaires y seraient pour quelque chose.

Les terrains militaires, un tremplin à la re-colonisation

Quasiment exterminé d’Europe occidentale il y a plusieurs décennies, le loup, désormais protégé, re-colonise le continent depuis une vingtaine d’années. Les premières meutes sont probablement parties d’Italie et de Pologne, où le prédateur n’a jamais vraiment disparu, avant de reconquérir la France, la Suisse et l’Allemagne. Ce sont les populations d’outre-Rhin qui nous intéressent aujourd’hui. Le loup semble s’y plaire (73 meutes environ), et de récentes analyses nous révèlent pourquoi. De nombreux spécimens sont en effet aperçus dans les zones d’entraînements militaires, où ils semblent être davantage protégés.

Les zones militaires auraient donc servi de tremplins à la re-colonisation. Ce qui est également remarquable, c’est que ces endroits étaient également plus fréquentés que les zones protégées civiles, et ce dès le début du processus de rétablissement dans les années 90. Mais quelle en est la raison ? Ilka Reinhardt, de l’Institut allemand de surveillance et de recherche des loups à Spreewitz, a sa petite idée.

Une histoire de braconnage

Les zones militaires ne semblent pas avantageuses d’un point de vue purement environnemental. Le paysage est le même que celui observé dans les réserves naturelles. Il y a autant de forêts, et autant de routes. Le terrain militaire est donc privilégié pour une autre raison. En analysant la mortalité du loup dans ces deux environnements, la chercheuse s’est en revanche rendu compte que le nombre de loups tués était beaucoup plus important dans les zones protégées que sur les terrains d’entraînement militaire.

Pour la chercheuse, c’est une histoire de braconnage. Malgré le fait que les terrains d’entraînement militaire ne soient pas clôturés, ils sont en revanche interdits d’accès au public. Les populations de cerfs y sont par ailleurs gérées par des chasseurs assermentés. Il est donc très compliqué de venir chasser soi-même dans un camp d’entraînement militaire. En revanche, dans les nombreuses réserves naturelles d’Allemagne, les populations de cerfs sont gérées par des chasseurs privés. Ces zones sont également beaucoup plus petites que les terrains militaires. Il y a donc davantage de chasseurs confinés dans des zones plus restreintes.

En partant de ce principe, il est donc fort probable que les loups, considérés par beaucoup de chasseurs comme des concurrents, aient été victimes de braconnage dans les réserves naturelles. Du moins beaucoup plus que sur les terrains militaires. Les premiers couples auraient ainsi eu du mal à s’établir, d’où la nécessité pour les animaux de privilégier des terrains plus sûrs.

Au regard de cette étude, la chercheuse recommande que, lors du déclassement des terrains d’entraînement militaire, la réglementation stricte en matière de chasse soit maintenue dans ces zones. Moins vulnérable, le loup pourrait alors continuer de s’étendre, participant activement au bon équilibre de la biodiversité locale.

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