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En Afrique de l’Est, les villageois ont plus peur des criquets que du coronavirus

Crédits : B. Legault - Les Producteurs de grains/Twitter

En janvier dernier, des milliards de criquets déferlaient sur l’Afrique de l’Est. Mais ce n’était qu’un début. Une seconde vague vingt fois plus importante est en train de balayer la région.

Il y a encore quelques mois, l’Afrique de l’Est essuyait sa pire invasion de criquets depuis 25 ans, menaçant la sécurité alimentaire de la région. Ces insectes sont en effet capables de dévorer l’équivalent de 400 000 tonnes de maïs, de sorgho et de millet par jour. Une attaque violente qui s’expliquait par une année exceptionnellement humide enregistrée dans la corne de l’Afrique en 2019, favorable à la reproduction des criquets (qui ne peuvent pondre leurs oeufs que dans du sable humide).

Deuxième vague acridienne

Mais ce n’était qu’un début. Dès le mois de janvier, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avait en effet prédit que le pire était encore à venir, et qu’en juin la taille des essaims pourrait augmenter d’un facteur 500. Malheureusement, la FAO avait vu juste.

Depuis la première vague, des essaims se sont en effet établis à travers le golfe Persique, disséminant plusieurs dizaines de milliards d’oeufs le long de la côte iranienne à la faveur des fortes pluies essuyées à la fin du mois dernier. Il y a quelques jours, les larves ont éclos. Et elles sont affamées. Résultat, une deuxième vague de criquets, 20 fois plus importante que la première, est en train de balayer le Kenya, l’Éthiopie et la Somalie.

La pandémie n’arrange rien

La situation est d’autant plus inquiétante que les nouveaux semis sont en train de sortir de terre d’une part, mais aussi parce que les restrictions de voyages liées à la pandémie de Covid-19 freinent considérablement les livraisons de pesticides nécessaires pour atténuer la destruction des cultures, ainsi que le déploiement des équipes spécialement formées pour les traiter.

En effet, vous ne pouvez pas simplement remettre à un fermier un baril de pesticides et espérer que personne ne tombe malade. Et si certains pays comme le Kenya et l’Éthiopie, habitués à ces invasions, disposent déjà de nombreux experts capables de mener des opérations de pulvérisation, ce n’est pas le cas de pays comme le Soudan du Sud et l’Ouganda, généralement épargnés, mais qui pourraient cette fois être touchés.

« Ils n’ont pas de programme national antiacridien au sein de leur ministère de l’Agriculture, explique Cressman, de la FAO. Ils n’ont donc aucune expertise dans le domaine. Et avec les restrictions de voyage en place, les experts ne peuvent pas se rendre sur place pour former les gens. Et même s’ils pouvaient le faire, les mesures de distanciation sociale ne permettraient pas de faire des leçons groupées ».

Si partout ailleurs le curseur est pointé sur la lutte contre le Covid-19, en Afrique de l’Est, c’est donc la menace acridienne qui focalise toutes les attentions. Comme le souligne à The Standard Yoweri Aboket, un fermier ougandais : « le virus est un sujet qui semble très lointain quand on est dans la brousse. Tout le monde ici ne parle que des insectes ».

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