En plein cœur de l’Australie-Méridionale, une figure colossale défie la compréhension depuis plus de deux décennies. Visible uniquement depuis les airs, ce dessin monumental représentant un chasseur aborigène est apparu du jour au lendemain à l’ouest de Marree sans que personne ne revendique sa paternité. Malgré les enquêtes, les témoignages et même une récompense financière, son origine demeure l’une des énigmes artistiques les plus fascinantes du continent.
Une apparition aussi soudaine que spectaculaire
L’été 1998 marque un tournant singulier dans l’histoire des géoglyphes modernes. Entre le 27 mai et le 12 juin, les images satellites Landsat 8 capturent une transformation stupéfiante du plateau de Finniss Springs, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Marree. Là où s’étendait auparavant une terre désertique uniforme, une silhouette monumentale vient de naître.
Le géoglyphe représente un homme nu dans une posture de chasseur, brandissant ce qui semble être un woomera, ce bâton de jet traditionnel utilisé par les Aborigènes australiens pour propulser leurs lances. Les proportions donnent le vertige : plus de trois kilomètres et demi dans sa plus grande dimension, avec un contour total atteignant vingt-huit kilomètres. Pour comparaison, les célèbres lignes de Nazca au Pérou, vieilles de plus de deux millénaires, paraissent presque modestes à côté de cette création contemporaine.
Une prouesse technique qui interroge
La réalisation d’une telle œuvre soulève des questions techniques considérables. Comment tracer avec une telle précision un dessin de cette envergure en moins de seize jours ? Les spécialistes s’accordent sur l’utilisation nécessaire d’engins de terrassement lourds, mais également sur le recours probable à une forme primitive de cartographie par GPS, technologie encore balbutiante à l’époque pour le grand public.
La découverte, lors de la restauration de 2016, de deux cent cinquante piquets de bambou disposés le long du périmètre apporte un début de réponse. Ces jalons auraient servi de repères au tracé initial, confirmant une planification méticuleuse. Cette restauration elle-même a nécessité soixante heures de travail avec des équipements modernes, laissant imaginer l’ampleur de l’effort déployé lors de la création originale.

Les suspects d’un mystère toujours non résolu
Le principal candidat au titre de créateur reste Bardius Goldberg, artiste originaire d’Adélaïde. Plusieurs de ses proches affirment qu’il leur aurait confié être l’auteur de l’Homme de Marree, sans jamais le revendiquer publiquement avant sa mort en 2002. Cette discrétion alimenta naturellement les spéculations.
Une piste alternative implique du personnel militaire américain. Une petite plaque ornée du drapeau des États-Unis fut retrouvée près de la tête du géant. Plus troublant encore, un fax anonyme annonçant la création contenait des expressions typiquement américaines, alors qu’une base de la Royal Australian Air Force se trouve à proximité du site.
Dick Smith, entrepreneur australien passionné d’exploration, a même offert en 2018 une récompense de cinq mille dollars australiens pour toute information permettant d’identifier le créateur. À ce jour, personne n’a réclamé cette somme.
Un combat contre l’effacement
L’érosion éolienne constitue la principale menace pesant sur ce patrimoine artistique énigmatique. Les sillons originaux, profonds d’environ vingt-cinq centimètres, s’estompaient progressivement sous l’action du vent et du sable. En 2016, les propriétaires d’entreprises locales ont décidé d’agir pour préserver cette curiosité touristique.
Grâce à une pelleteuse commerciale et un système de guidage GPS de précision, les lignes ont été retracées en profondeur. L’innovation majeure réside dans l’ajout de rainures spécialement conçues pour retenir l’eau de pluie, favorisant ainsi la croissance de végétation sur les bords. Cette bordure verte naturelle devrait assurer une meilleure durabilité face aux éléments.
Aujourd’hui, l’Homme de Marree continue de fasciner chercheurs, artistes et curieux du monde entier, incarnant cette rencontre troublante entre art contemporain, technologie et tradition aborigène, tout en gardant jalousement le secret de ses origines.
