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En 1907, un médecin a tenté de prouver l’existence de l’âme en la pesant

"L'âme quittant le corps", de Robert Blair. Crédits : Luigi Schiavonetti/Wikipédia

En 1907, Duncan MacDougall a tenté de prouver l’existence de l’âme en mesurant le poids de six patients avant et après leur mort. Il s’est aussi appuyé sur plusieurs chiens. Retour sur la célèbre “théorie des 21 grammes”.

L’âme, selon les croyances populaires, représente le principe vital et spirituel, immanent ou transcendant, qui animerait le corps d’un être humain ou animal. Ses représentations symboliques sont nombreuses, retrouvées dans la plupart des civilisations. Existe t-elle réellement ? On ne sait pas. Et de tout façon, là n’est pas la question. Toujours est-il que le médecin écossais Duncan MacDougall, de Haverhill (Massachusetts), y croyait. Et, qui plus est, il pensait que l’âme avait une masse physique, et qu’elle quittait le corps juste après la mort. En 1907, il a donc essayé de le prouver.

Des volontaires ?

Le Dr. MacDougall décide alors que la meilleure façon de prouver sa théorie serait de peser une personne peu avant de passer l’arme à gauche, puis immédiatement après. Une éventuellement perte de poids mesurée pourrait alors correspondre à la masse physique de ladite âme.

Dans cet esprit, il cherche alors des volontaires. Pour la bonne tenue de son expérience, il était préférable que ces personnes restent immobiles, afin de ne pas secouer sa balance. Il se tourne alors vers des patients en phase terminale, mourants de tuberculose ou de maladies similaires. Bref, des personnes à l’article de la mort, beaucoup trop épuisées pour bouger. Entre-temps, le médecin place dans son bureau un lit équipé d’un ensemble de balances à poutre.

Au cours de ces expériences, menées sur six patients au total, MacDougall enregistre alors tout un tas de données : l’heure exacte du décès de chaque patient, mais aussi son temps total passé sur le lit, ainsi que tous les changements de poids survenus avant, pendant et après la mort de chaque personnes. Il prend également en compte les pertes de fluides corporels (sueur, urine), et les gaz (oxygène, azote) dans ses calculs.

Mais, au moment de la pesée, les choses ne se déroulent pas comme prévu. Certaines balances ne sont pas très bien ajustées, tandis que certaines personnes, vivement opposées à son travail, n’arrêtent pas d’interférer pendant les expériences. L’un des patients décède également alors que son lit n’est pas encore prêt.

Ceci dit, l’un des patients, “parti” comme prévu, a semblé perdre du poids au moment exact de sa mort : le fameux 21,3 grammes. De là est née la théorie.

Une quinzaine de chiens sacrifiés

Naturellement, le médecin s’est ensuite rendu compte qu’il aurait besoin de mener une expérience de contrôle. Il recrute alors une quinzaine de chiens qui, “pour la science”, avaient donc besoin de mourir. On ne sait pas comment le médecin s’y est pris (probablement par empoisonnement). Pourquoi des chiens ? Parce que MacDougall était convaincu que les animaux n’avaient pas d’âme. Aussi, d’après sa théorie, ces chiens ne devaient perdre aucun poids au moment de leur mort. Résultat : ils n’ont effectivement pas perdu un seul gramme.

MacDougall publie ensuite ses résultats dans une édition du New-York Times (en mars 1907), mais il ne sont pas très bien reçus. La fameuse “théorie des 21 grammes” est soit ignorée, soit méprisée par de nombreux scientifiques dénonçant le manque de rigueur de ces expériences (faiblesse de l’échantillon, imprécision des mesures, approximations du raisonnement, etc.).

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Une partie de l’article du New York Times de 1907. Crédits : Wikimedia Commons

Méprisé par certains, remerciés par d’autres

L’article déclenche notamment un débat entre MacDougall et le médecin Augustus P. Clarke, qui prend soin de vérifier les techniques de mesure de son confrère. Clarke souligne alors qu’au moment de la mort, les poumons cessent de refroidir le sang, provoquant ainsi une légère augmentation de la température corporelle, ce qui fait transpirer la peau. D’après lui, ceci expliquerait les 21,3 grammes manquants du Dr MacDougall. Ce dernier riposte ensuite, soulignant que la circulation sanguine cesse au moment de la mort, de sorte que la peau ne serait pas chauffée par l’augmentation de la température.

Le débat dure ainsi plusieurs mois, chaque camp ramassant ses propres partisans. Il s’est ensuite estompé, mais n’est jamais vraiment tombé dans l’oubli.

Cette célèbre théorie, si elle n’a aujourd’hui aucun fondement scientifique, n’a en effet cessé de “faire parler” au cours des décennies suivantes. De nos jours encore, mentionnez ces expériences de “pesée de l’âme” à une personne très à l’aise avec la parapsychologie et vous entendrez probablement un murmure d’approbation. Après tout, l’idée d’une preuve scientifique affirmant l’existence de l’âme offre un certain réconfort, apaisant l’une de nos peurs les plus profondes.

Ceci dit, les travaux de MacDougall n’ont certes pas prouvé l’existence de l’âme, mais ils n’ont pas plus suggéré le contraire. Aussi la question pourrait très bien rester ouverte. Après tout, nous sommes encore profondément ignorants aujourd’hui, comme tout scientifique honnête vous le dira. Certains phénomènes, notamment liés à la physique quantique, déroutent encore les esprits les plus brillants. Alors, qui sait ?