in

Qui a donc laissé ces empreintes de pas il y a 3,7 millions d’années ?

Crédits : Jeremy DeSilva

Une équipe d’anthropologues détaille la découverte de plusieurs empreintes de pas faites par un hominidé inconnu à la même époque et dans la même région que l’australopithèque Lucy, découverte en Tanzanie. Il y a quelques années, ces pistes énigmatiques avaient été attribuées à un ours.

Plusieurs pistes bipèdes découvertes en 1978 sur le site G de Laetoli, en Tanzanie, datées de 3,66 millions d’années, sont largement acceptées comme les plus anciennes preuves sans équivoque de bipédie dans la lignée humaine. Des recherches suggèrent qu’elles ont été faites par Australopithecus afarensis, l’espèce à laquelle appartenait la célèbre « Lucy », âgée de 3,2 millions d’années.

Une autre piste de cinq empreintes isolée deux ans plus tôt sur un site voisin avait quant à elle été partiellement analysée. À l’époque, on pensait que ces traces de forme inhabituelle auraient pu être laissées par un hominidé inconnu ou par un ours marchant sur ses pattes arrière il y a environ 3,7 millions d’années. Finalement, ces difficultés d’attribution ont marginalisé son importance. Et depuis, ces pistes sont un peu tombées dans l’oubli.

Une équipe d’anthropologues est finalement retournée sur le site pour l’analyser plus en détail avec des techniques modernes. « L’une des difficultés de cette étude a été de retrouver les moulages originaux de ces empreintes faits à partir de la découverte initiale« , détaille Ellison McNutt, de l’Ohio University. « Finalement, n’avons pas pu les localiser. On craignait alors que l’exposition au Soleil et des décennies de pluies saisonnières aient détruit les fossiles« .

Finalement, les pluies avaient en réalité nettoyé les sédiments à proximité, leur permettant de rester magnifiquement préservés.

empreintes
Une carte topographique des empreintes trouvées sur le site A de Laetoli en Tanzanie. Crédits : Stephen Gaughan et James Adams

La piste de l’ours écartée

Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs ont comparé ces empreintes de pas avec celles d’ours noirs américains et d’humains. Pour ce faire, ils ont collaboré avec le Kilham Bear Center, un centre de sauvetage et de réhabilitation pour les ours noirs à Lyme, dans le New Hampshire (États-Unis). Ils ont attiré les animaux avec du sirop d’érable et de la compote pour les amener à se dresser sur leurs deux pattes postérieures sur une piste remplie de boue, le but étant de capturer leurs empreintes.

D’après ces analyses, les pistes de 1976 ressemblent davantage à celles d’hominidés qu’à celles des ursidés. Pour les chercheurs, la musculature de la hanche et la forme de leurs genoux n’auraient en effet pas permis le genre de mouvement et d’équilibre nécessaires pour les imprimer dans la boue.

En outre, les chercheurs ont également collecté plus de cinquante heures de vidéo d’ours noirs sauvages. Sur cet échantillon, les animaux n’ont quasiment jamais évolué sur leurs pattes postérieures (moins de 1% du temps total observé). Enfin, les auteurs soulignent que si des milliers de fossiles d’animaux ont été trouvés à proximité du site, aucun ne provient d’ours.

empreintes
Crédits : Austin C. Hill et Catherine Miller

Mais alors, qui ?

La piste de l’ours est donc écartée. Toutefois, cela ne répond pas à la question principale : qui les a imprimées ? En effet, ces traces ne ressemblent à celles d’aucun autre hominidé connu. Les empreintes sont larges et courtes, et son auteur possédait un gros orteil semblable à celui des chimpanzés. Finalement, les chercheurs concluent que ces empreintes ont été réalisées par un hominidé encore non identifié, et non par A. afarensis. En revanche, il n’est pas inconcevable que cet individu ait côtoyé cette espèce.

À l’avenir, les chercheurs ont pour objectif de poursuivre les fouilles autour du site A. Des empreintes supplémentaires de cet individu ou d’autres réalisées par la même espèce pourraient nous donner un meilleur aperçu de la façon dont ils se sont déplacés dans le paysage et à quelle espèce ils appartenaient.