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Un emballement climatique dû aux hydrates de méthane semble de moins en moins probable

Crédits : Oregon State University / USGS.

Les hydrates (ou clathrates) de méthane sont souvent mis en avant en raison de leur statut potentiel de « bombe climatique ». Or, des mesures et analyses de terrain ont montré que si du méthane est effectivement libéré par ces formations, celui-ci est en grande partie dissipé avant de pouvoir atteindre l’atmosphère. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Geoscience ce 17 octobre.

Lorsque l’on aborde la question du changement climatique, les risques d’emballement sont souvent évoqués. L’un de ces risques porte sur la libération massive de méthane (CH4), un puissant gaz à effet de serre, suite à la déstabilisation de clathrates situés sur les talus continentaux, de quelques centaines à quelques milliers de mètres sous la surface de l’océan.

En effet, ces formations qui abritent des quantités faramineuses de méthane sont sensibles à la température et à la pression. Le risque de voir une partie de ce méthane passer dans l’atmosphère et accélérer le réchauffement dans le cas où l’océan profond venait à se réchauffer rapidement a soulevé de nombreuses inquiétudes. Aussi, le qualificatif de bombe climatique lui a été attribué.

Hydrates de méthane : une menace qui diminue à mesure que la compréhension progresse

De nouveaux travaux effectués aux latitudes moyennes montrent toutefois qu’à ce jour, les hydrates de méthane ne représentent pas une grande menace pour le climat mondial, même pour les moins profonds, autrement dit ceux qui sont les plus susceptibles d’être déstabilisés. Et pour cause, les chercheurs ont observé que le méthane libéré atteignait difficilement l’océan de surface. De plus, aucune émanation hydratée n’a été mesurée dans l’atmosphère sus-jacente.

hydrates méthane
Hydrates de méthane en train de dégazer sur la marge continentale de Virginie (États-Unis). Crédits : Domaine Public.

« Imaginez une bulle allant du bas vers le haut dans un aquarium et explosant en libérant tout ce qui était dans cette bulle vers l’atmosphère, c’est la façon dont beaucoup de gens voyaient comment la déstabilisation des hydrates pourrait contribuer au réchauffement », rapporte John Kessler, coauteur de l’étude. En réalité, lorsque les hydrates perdent du méthane, ce dernier ne s’échappe pas simplement vers la surface. Le cas échéant, il se dissout dans l’eau de mer ou est consommé par des bactéries qui le transforment en CO2, et dont une partie peut être stockée dans le réservoir océanique.

L’étude a permis de montrer que ces processus, déjà identifiés par de précédents travaux, étaient actifs aux latitudes moyennes, depuis les subtropiques jusqu’aux régions subpolaires. S’il convient d’étendre les observations aux régions polaires, les résultats sont plutôt rassurants quant à la menace de bombe climatique liée aux hydrates de méthane. Ils permettent également de mieux comprendre pourquoi, lors des dernières périodes chaudes telles que l’Éémien, on n’observe pas d’émanations massives de méthane alors même que la température était plus élevée que l’actuelle.

« Cela nous indique que pour réduire les sources de méthane dans l’atmosphère, nous pouvons concentrer davantage notre attention sur l’atténuation des émissions humaines », souligne le chercheur.