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Des éléphants de mer pour affiner notre compréhension du ‘Blob’

Vague de chaleur marine observée en septembre 2019 dans le nord-est du Pacifique. Crédits : NASA Earth Observatory.

En tirant ingénieusement parti des éléphants de mer, une étude a permis de mieux comprendre les mécanismes impliqués dans la dynamique du Blob, cette vague de chaleur marine exceptionnelle survenue il y a quelques années dans le nord-est du Pacifique. Les résultats ont été publiés dans la revue Journal of Geophysical Research: Oceans le 4 juillet dernier.

La vague de chaleur marine qui a concerné le nord-est du Pacifique entre 2013 et 2016 a été la plus intense jamais rapportée depuis le début des observations, avec des anomalies dépassant parfois les 6 °C. Nommée The Blob en référence à un nanar des années 1950, elle a alimenté un large corpus d’études, d’autant que plusieurs répliques sont survenues depuis lors, dont une notable entre 2019 et 2021.

Des éléphants de mer pour ausculter The Blob

Grâce à des capteurs placés sur un groupe d’éléphants de mer du nord, une équipe de chercheurs a pu enregistrer le phénomène par le dessous de 2014 à 2017. En effet, si le suivi des anomalies de température à la surface de la mer est chose aisée avec les instruments satellitaires, la situation se complique rapidement pour les anomalies situées sous la surface. Elles jouent pourtant un rôle fort en termes de persistance et de risque de résurgence de la vague de chaleur.

« Les éléphants de mer collectent des données à des endroits différents des plates-formes océanographiques existantes », rapporte Christopher Edwards, auteur principal de l’étude. « Il s’agit d’un ensemble de données sous-exploité qui peut nous informer sur d’importants processus océanographiques et aider les biologistes à comprendre l’écologie des éléphants de mer du nord ».

The Blob
Anomalies de température de l’eau par saison entre 2013 et 2017. L’axe vertical représente la profondeur en mètres et l’axe horizontal la longitude. Crédits : Rachel R. Holser & coll. 2022.

Une compréhension du phénomène qui s’affine

Les mesures les plus précieuses furent récoltées au moment des phases migratoires, lorsque les animaux plongent à plusieurs centaines de mètres de profondeur et parcourent de longues distances. Elles ont révélé des anomalies de chaleur plus importantes qu’on ne l’avait estimé précédemment, avec un excès thermique étendu a minima jusqu’à mille mètres de profondeur. Ce dernier s’est par ailleurs largement maintenu durant l’année 2017, au moment même où le Blob s’effaçait en surface.

« Ces anomalies de température sont si profondes qu’il est peu probable qu’elles résultent du mélange depuis la surface », détaille le chercheur. « Un mécanisme raisonnable est que les eaux exceptionnellement chaudes ont été transportées vers le nord à partir du sud. Ce que nous ne savons pas encore, c’est si ce transport vers le nord est directement lié au réchauffement de la surface. Les changements en surface pourraient avoir modifié transitoirement des courants plus profonds de sorte à attirer les eaux du sud vers le nord ».

Ce qui est par contre certain, c’est que dans un contexte de réchauffement climatique, les vagues de chaleur marines deviendront plus fréquentes, plus intenses et concerneront des surfaces plus importantes. Comme l’indique le dernier rapport du GIEC, il s’agit de tendances d’ores et déjà engagées. Par exemple, depuis les années 1980, le nombre de vagues de chaleur marine a doublé dans le monde.

« Plus nous pouvons collecter d’informations, mieux nous serons en termes de compréhension de ce qui se passe et pour relever les défis », souligne l’auteur principal. « Alors que les éléphants de mer ont été utilisés pour étudier l’océanographie physique des régions polaires pendant un certain temps, il s’agit de l’une des premières études à utiliser les données recueillies pour répondre aux questions océanographiques dans les régions tempérées, telles que l’océan Pacifique Nord ».