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Certains éléphants d’Afrique ne sont qu’à un pas de l’extinction

Crédits : vinioliverfotografia/pixabay

Les éléphants d’Afrique se différencient en deux espèces : celle de la savane et celle des forêts, autrefois considérées comme une seule et même espèce. Globalement, les deux sont en mauvaise posture, mais l’une d’elles se rapproche dangereusement de l’extinction.

D’un côté, nous avons les éléphants de la savane africaine (Loxodonta cyclotis), imposants et emblématiques, et de l’autre ceux des forêts (Loxodonta cyclotis), plus discrets en raison des obstacles écologiques et politiques, et donc plus difficiles à étudier et à protéger. “Vous vous sentez assez chanceux quand vous les apercevez“, souligne Kathleen Gobush, spécialiste des éléphants d’Afrique au sein de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Malheureusement, selon un nouveau rapport de conservation publié ce jeudi, plus le temps passe et plus il sera compliqué de les repérer. Cette nouvelle évaluation de l’UICN est la première à considérer les éléphants des forêts et des savanes africaines comme deux espèces distinctes.

Dans le cadre de ces travaux dirigés par le Dr Gobush, les chercheurs ont recueilli des données de 495 sites à travers le continent. Un modèle statistique leur a permis d’utiliser les nombres d’éléphants de chaque site pour estimer des tendances plus larges pour les deux espèces. Toutefois, la biologie des éléphants ne rend pas la tâche facile.

Habituellement, l’UICN vise en effet trois générations de données pour obtenir une image complète du bien-être d’un animal. Or, une femelle éléphant de savane moyenne accouche à environ 25 ans, tandis que dans les forêts, les premières mamans ont en moyenne 31 ans. Étant donné que les premières données disponibles remontaient aux années 1960 et 1970, les auteurs n’ont pu analyser que deux générations pour les éléphants de savane et une seule génération pour les éléphants de forêt.

À un pas de l’extinction

Même pendant ces quelques décennies, les changements ont toutefois été dramatiques. D’un côté, la population d’éléphants de savane a chuté d’au moins 60%, selon l’équipe. Au cours de leur dernière évaluation, en 2008, ces derniers avaient été classés comme “vulnérables”. Désormais, ils sont en voie de disparition.

Les éléphants de forêt ont quant à eux perdu près de neuf dixièmes de leur population en une génération. Ils sont aujourd’hui considérés comme en danger critique d’extinction. Autrement dit, ces pachydermes ne sont qu’à un pas de l’extinction à l’état sauvage.

Pour Alfred Roca, généticien à l’Université de l’Illinois, la reconnaissance par l’UICN de ces deux espèces d’éléphants est malheureusement un peu tardive. Il y a plus de deux décennies, une étude menée sur 295 crânes dans les musées avait d’après lui en effet déjà révélé “d’énormes différences” entre les deux types d’éléphants. Globalement, ceux des forêts ont des corps plus petits, des oreilles plus rondes et des défenses plus droites que ceux des savanes.

Génétiquement, “la séparation entre eux est probablement plus grande que la séparation entre les lions et les tigres“, a-t-il également ajouté.

Il ne perd pas espoir pour autant. “Mieux vaut tard que jamais. Je suis ravi qu’ils aient fait la distinction, car cela met vraiment en évidence la terrible situation dans laquelle se trouve l’éléphant de forêt“.

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Une femelle éléphant de forêt et son petit dans le marais de Mbeli Bai, au Congo. Crédits : Thomas Breuer

Des raisons d’espérer

Il sera évidemment difficile pour ces derniers de rebondir. Outre le temps qu’il faut à cette espèce pour se reproduire, l’évaluation de l’UICN révèle également que 70% de ces éléphants pourraient vivre en dehors des zones protégées, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux braconniers.

En cas de disparition, ces éléphants laisseraient un grand vide, non seulement physiquement, mais aussi écologiquement. Certaines espèces d’arbres dépendent en effet entièrement des éléphants de forêt pour disséminer leurs graines. En abattant certains arbres et en mâchant d’énormes quantités de matière végétale, les éléphants des forêts et des savanes modifient également leur environnement de manière à créer de nouveaux habitats pour d’autres espèces.

Les deux pourraient vraiment être considérés comme des jardiniers, plus que probablement tout autre animal“, souligne le Dr Gobush. “Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de les perdre“.

Toutefois, il y a de bonnes nouvelles. D’après le rapport, certaines populations d’éléphants de savane prospèrent en effet dans la zone de conservation transfrontalière de Kavango Zambezi qui chevauche cinq pays d’Afrique australe.

Dans certaines régions du Gabon et de la République du Congo, les populations d’éléphants de forêt se sont également stabilisées, voire ont augmenté. De manière générale, là où les gens protègent les éléphants contre les braconniers et planifient soigneusement l’utilisation des terres, il y a des progrès.