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Électricité : votre facture crève-t-elle les plafonds en raison des compteurs Linky ?

Crédits : Eric Bascol / iStock

Pendant l’hiver 2021, certains citoyens ont sauté au plafond en ayant pris connaissance de leurs factures d’électricité. Ces clients ont noté une hausse importante du montant à régler. Pour beaucoup, le coupable n’est autre que le compteur Linky, ayant suscité la controverse ces dernières années. Peut-on réellement faire un raccourci aussi simple ? Enedis se défend de toute hausse en raison de l’installation des nouveaux compteurs.

Le compteur Linky, réellement coupable ?

A la mi-février 2021, Actu.fr témoignait de l’arrivée de factures d’électricité plutôt salées dans certains foyers, notamment à Verfeil (Haute-Garonne) près de Toulouse. Plusieurs familles ont indiqué avoir payé plusieurs centaines d’euros de plus pour leurs factures d’hiver, par rapport à celles de l’an dernier. Selon ces familles, le coupable n’est autre que le très controversé compteur Linky. Il faut direque  ces compteurs ont été installés dans la commune dès l’automne 2020.

Selon Enedis (anciennement ERDF), il n’existe aucun lien entre cette hausse éventuelle des factures et les récentes installations de compteurs Linky. La filiale d’EDF, rappelle qu’il s’agit là d’un compteur « intelligent » mesurant exactement la même énergie que les anciens compteurs, et ce de la même façon. Selon le fournisseur d’électricité, les clients qui ont souscrit un abonnement d’électricité n’ont subi aucune modification de leur contrat, et ce quel que soit le compteur dont ils sont équipés. Les augmentations constatées sur les factures ne seraient donc consécutives à aucun changement de tarification sur leur offre, ni à un surcoût appliqué par les compteurs Linky.

Il faut savoir que le compteur Linky présente un intérêt pour Enedis, à savoir éviter l’envoi de techniciens pour effectuer les relevés. Cette fonction est assurée par le compteur à l’aide d’un système de signaux électriques. De plus, les factures portent sur la consommation réelle et non la consommation estimée. L’objectif ? Réduire les litiges potentiels découlant d’une absence de relevés, ou à des erreurs, ce qui peut également profiter aux clients.

Des disjoncteurs mal réglés ou anciens

Si Enedis balaye toute augmentation de ses tarifs et réfute une facturation gonflée par les compteurs Linky, le fournisseur d’énergie ne nie pas l’augmentation constatée sur certaines factures. Or, ces hausses seraient en lien avec certains disjoncteurs mal réglés (ou anciens). Ces derniers n’assurent plus leur rôle correctement. Autrement dit, un client peut consommer – sans même le savoir – davantage d’énergie que ce qui est inscrit dans le contrat. L’ancienneté du matériel peut alors entrer en compte dans des situations s’apparentant à du sous-comptage.

Enedis a également indiqué avoir mené une concertation au sein de la Commission de régulation de l’électricité (CRE) avec les acteurs du marché. Les clients ne doivent payer aucun frais en lien avec une quelconque augmentation de la puissance nécessaire, et ce dans l’année suivant le remplacement du compteur. De plus, Enedis ne peut pas leur réclamer de compensation pour l’avantage non souscrit dont ils auraient bénéficié avant l’installation du compteur Linky.

compteur linky
Crédits : Benoît Prieur / Wikimedia Commons

La mauvaise réputation des compteurs Linky

Le compteur Linky n’est donc pas responsable des hausses des factures d’hiver observées ci et là en France. Celui-ci est une cible facile, tant sa démocratisation a suscité l’émoi d’une partie de la population. Après qu’Enedis avait annoncé en 2018 vouloir remplacer 90% des 35 millions de compteurs du réseau à l’horizon 2021, de nombreux opposants ont rapidement manifesté leur mécontentement. Parmi les raisons de cette méfiance face aux compteurs, nous retrouvions la « menace du big brother » et donc, l’atteinte à la vie privée des clients. Surtout, des acteurs médiatiques et universitaires étaient allés jusqu’à évoquer le terme de « profilage ». Il est question, entre autres, d’un traitement automatisé de données à caractère personnel consistant à utiliser ces mêmes données afin d’évaluer certains aspects des clients. Il s’agit entre autres d’analyser ou de prédire leurs intérêts, leur comportement et autres attributs.

Un autre point de discorde concerne les personnes assujetties à l’hypersensibilité électromagnétique (HSEM). Fin 2019, l’Agence nationale des fréquences (ANFR) avait procédé à des mesures concernant les niveaux maximum des ondes radioélectriques émises par les compteurs Linky. Or, les résultats ont été respectivement 25 et 37 fois inférieures aux limites autorisées, à savoir 87 V/m (Volt) et 6,25 µT (Tesla). Et pourtant plusieurs mois avant la parution de ces chiffres, le juge du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Toulouse avait ordonné à Enedis de ne pas installer de compteurs chez les personnes dites électro-hypersensibles contre leur gré. Pas moins de 13 plaignants avaient directement obtenu gain de cause et avaient pu refuser l’installation de ce compteur sans crainte. Dans cette affaire, l’avocat en charge représentait tout de même 5 500 personnes électro-hypersensibles en France.