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El Nino, cause de dénutrition pour des millions d’enfants dans le monde

Phénomène El Niño en 2015 mis en évidence par les anomalies de température de surface de la mer. Crédits : NOAA ESRL.

Les conséquences sanitaires du phénomène El Niño sont parfois négligées devant celles qui affectent l’économie et l’environnement. De nouveaux travaux parus le 12 octobre dans Nature Communications montrent pourtant que des enjeux majeurs concernent le secteur de la santé, en particulier en région tropicale où les populations sont déjà vulnérables. 

El Niño, la partie océanique de l’oscillation naturelle nommée ENSO est une fluctuation climatique qui survient tous les deux à sept ans et qui résulte d’un couplage entre l’océan et l’atmosphère dans le Pacifique équatorial. Il consiste en un réchauffement anormal des eaux le long de l’équateur, lequel induit un bouleversement des régimes de pluies dans les tropiques et dont les influences diffusent même vers les moyennes latitudes.

Les impacts d’El Niño sur l’économie et la santé

La redistribution des pluies qui accompagne le phénomène affecte aussi bien l’environnement naturel que le secteur socio-économique ou les domaines liés à la santé. Par exemple, lors d’un épisode El Niño, les remontées d’eaux profondes près des côtes occidentales d’Amérique du Sud se sont effacées, provoquant un effondrement du phytoplancton et d’une grande partie de la chaîne trophique marine. Ainsi, les activités et les marchés qui dépendent de la pêche subissent des perturbations considérables.

De nouveaux travaux révèlent désormais que les sécheresses provoquées par cette oscillation sont responsables d’une flambée des cas de sous-alimentation et de malnutrition infantiles en région tropicale. L’analyse se base sur les anomalies de température de la mer dans le Pacifique équatorial de 1986 à 2018 et sur quarante ans de données médicales provenant de 51 pays en développement allant de l’Amérique latine à l’Asie du Sud, en passant par une large partie du continent africain.

Changements de précipitations associés à El Niño. Les zones en vert reçoivent moins de pluie et les zones en orange en reçoivent plus. Les pays inclus dans l’étude apparaissent en marges noires. Crédits : Jesse K. Anttila-Hughes & coll. 2021.

Un accès à la nourriture rendu plus difficile

Lors de l’El Niño de 2015-2016, les populations ont ainsi vu un supplément de six millions d’enfants de moins de cinq ans souffrir d’insuffisance pondérale grave. Or, les effets néfastes ne se limitent pas seulement le temps que dure l’anomalie climatique. En effet, elle s’accompagne d’un retard de croissance systématique les années qui suivent.

Aux 20 % d’enfants déjà sujets à des insuffisances alimentaires sévères, El Niño tend à ajouter un surplus d’environ 3 %. Autrement dit, on constate un excès de plusieurs millions. Lors des épisodes les plus intenses, comme en 2015, ce pourcentage passe à 6 % ou plus. Aussi, bien que certaines régions connaissent des conditions plus clémentes liées à une hausse des pluies (voir la figure ci-dessus), l’effet net est à une augmentation des famines et des conditions de malnutrition.

« C’est une véritable tragédie que même au 21e siècle, une si grande partie de la population humaine soit poussée au désespoir par des processus climatiques prévisibles », relate Gordon McCord, coauteur du papier. « Comme les scientifiques peuvent indiquer plusieurs mois à l’avance quels endroits vont connaître la sécheresse et quels endroits vont être inondés, la communauté internationale pourrait agir de manière à empêcher des millions d’enfants de sombrer dans la dénutrition ». Les auteurs espèrent donc que leurs travaux permettront à terme d’améliorer les conditions de vie des populations concernées.