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Que se passe-t-il vraiment lorsque vous buvez de l’Ayahuasca ?

Crédits : Apollo/Flickr

C’est sans doute l’hallucinogène le plus puissant de la planète. Les communautés indigènes amazoniennes utilisent l’ayahuasca depuis des siècles pour traiter toutes sortes de maux physiques et psychologiques, mais de quoi s’agit-il précisément ? Et quels sont les effets de ce breuvage sur le corps humain ?

L’Ayahuasca est un breuvage psychédélique utilisé dans les rituels de guérison chamaniques et les rites d’initiation par de nombreux peuples indigènes en Amazonie. Il est fabriqué en faisant bouillir les feuilles d’une plante appelée chacruna (Psychotria viridis) avec la vigne ayahuasca (Banisteriospsis caapi).

Le premier contient un composé psychédélique appelé diméthyltryptamine. Ce dernier se trouve d’ailleurs dans la plupart des plantes que nous consommons. Il est cependant rapidement détruit par le système digestif grâce à une enzyme appelée monoamine oxydase. C’est pourquoi il n’a pas le temps d’arriver jusqu’au cerveau. C’est là que B. caapi entre en jeu. Cette vigne contient en effet des composés permettant d’inhiber les effets de cette enzyme.

Quels effets après ingestion ?

L’ingestion d’ayahuasca est souvent accompagnée d’épisodes de nausées et de vomissements. Ces effets sont considérés comme faisant partie intégrante de l’expérience, les croyances locales associant le mécanisme de purge à une purification des énergies négatives.

Les effets psychédéliques se manifestent ensuite au bout d’une vingtaine de minutes. On distingue alors deux types d’effets. Il y a d’une part les effets psychotropes centraux. Ceux-ci impliquent l’apparition de phosphènes (perturbation du champ visuel), des modifications de la perception, amplifications des sens ou encore des hallucinations. On distingue également les effets dits « périphériques », parmi lesquels on retrouve notamment une accélération du rythme cardiaque et de la fréquence respiratoire, une élévation de la pression sanguine ou encore une dilatation des pupilles.

Jordi Riba est un chercheur qui étudie les effets de l’ayahuasca sur le cerveau humain depuis plusieurs années dans le cadre du programme de recherche Beckley/Sant Pau. D’après ses travaux, il semblerait que dans les 24 heures suivant une séance d’ayahuasca, les zones cérébrales associées à la création et au maintien d’un sentiment de soi se connectent davantage avec d’autres régions chargées de traiter les émotions et les souvenirs autobiographiques.

À plus long terme, les chercheurs ont également découvert que les consommateurs d’ayahuasca réguliers présentaient un amincissement du cortex cingulaire postérieur (PCC). Il s’agit d’un nœud clé du réseau du mode par défaut (l’activité cérébrale fonctionnelle dans différentes régions au repos, lorsqu’une personne est introspective ou n’interagit pas avec le monde).

D’après les auteurs, l’utilisation régulière de drogues psychédéliques pourrait potentiellement conduire à des changements structurels dans les zones cérébrales soutenant les processus attentionnels, la pensée autoréférentielle et la mentation interne. Ces changements pourraient sous-tendre des changements de personnalité.

Ayahuasca
La plante Banisteriopsis Caapi. Crédits : Apollo/Flickr

Quels sont les bienfaits de l’Ayahuasca ?

Le chercheur souligne que le breuvage pourrait également avoir une valeur thérapeutique. Certaines personnes confrontées à des problèmes personnels douloureux auraient en effet réussi à surpasser ces obstacles en ayant une vision beaucoup plus claire de leur situation. « Nous avons même vu des gens réussir à surmonter une forte dépendance à la cocaïne et aux opiacés après une série de séances d’ayahuasca », ajoute le spécialiste.

Enfin, la prise d’ayahuasca semble également avoir produit un effet antidépresseur actif pendant plusieurs semaines chez les personnes qui ne répondaient à aucun autre traitement pour leur dépression.

Dans l’ensemble, Riba affirme que les trois principaux domaines d’application potentiels de l’ayahuasca sont le traitement de la dépendance, de la dépression et des traumatismes psychologiques. Cependant, des travaux plus poussés seront nécessaires pour véritablement percer les secrets de cet ancien hallucinogène.

L’Ayahuasca est-il dangereux ?

Les principes actifs de B. caapi et de P. viridis sont éliminés de l’organisme après quelques heures. Ainsi, la toxicité et le surdosage sont très peu probables à condition que le breuvage soit correctement préparé.

Certaines personnes peuvent cependant ressentir de l’anxiété en raison de la nature intense et inhabituelle de l’expérience. C’est le plus souvent le cas des « routards occidentaux » qui ne sont pas habitués à ces effets et prennent souvent de l’ayahuasca dans un cadre inconnu. Les membres des communautés indigènes amazoniennes sont quant à eux préparés dès la naissance à faire face aux visions rencontrées.