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Ces restes d’astéroïde sont parmi « les plus primordiaux » jamais analysés

Crédits : Nature Astronomy

D’après une étude, les échantillons de roche recueillis sur l’astéroïde Ryugu par le Japon font partie des matériaux les plus primordiaux jamais examinés sur Terre. Ces derniers pourraient nous donner un aperçu des origines du Système solaire.

Ryugu est un astéroïde carboné, ou de type C, mesurant 900 m de diamètre. Il évolue à la manière d’une toupie à environ 350 millions de kilomètres de la Terre. Comme les autres astéroïdes de type C, il contient probablement encore de la matière issue de la nébuleuse ayant donné naissance au Soleil et à ses planètes il y a plus de 4,6 milliards d’années.

Pour le savoir, la JAXA, l’agence spatiale japonaise, s’est rendue sur place il y a quelques années pour récolter des échantillons. Le 6 décembre 2020, ces échantillons ont finalement atterri au Woomera Range Complex, au sud de l’Australie.

Les chercheurs étaient évidemment impatients de pouvoir analyser ces matériaux en laboratoire. Les échantillons de Ryugu pourraient en effet apporter un éclairage considérable sur la formation et l’évolution du Système solaire, des astéroïdes, ainsi que sur le rôle joué par ces objets riches en carbone dans l’apparition de la vie sur Terre.

Dans le cadre d’une étude publiée dans Nature Astronomy, une équipe décrit les résultats de l’analyse initiale.

Des roches très anciennes

Ces échantillons comprennent environ 5,4 g de matière. Les plus grosses particules de roche mesurent environ huit millimètres de diamètre. Les plus petites ont quant à elles des diamètres inférieurs à un millimètre. Toutes ont été manipulées dans une chambre à vide ou dans un environnement scellé rempli d’azote purifié, de sorte qu’elles ne puissent pas être exposées à l’atmosphère terrestre.

Les chercheurs ont ensuite examiné les échantillons à l’aide d’un microscope optique et de divers instruments capables de mesurer la façon dont les roches absorbent, émettent et réfléchissent différentes longueurs d’onde de lumière dans les spectres visible et infrarouge.

D’après ces analyses, ces échantillons d’astéroïdes ne reflètent qu’environ 2% à 3% de la lumière qui les frappe. Ils figurent ainsi parmi les plus sombres jamais examinés.

L’âge exact de ces matériaux reste encore à préciser par de futures études, mais les chercheurs confirment qu’ils sont très, très anciens. « Nous n’en sommes qu’au début de nos investigations, mais nos résultats suggèrent que ces échantillons font partie des matériaux les plus primordiaux disponibles dans nos laboratoires« , souligne en effet Cédric Pilorget, de l’Institut d’astrophysique spatiale de l’Université Paris-Saclay.

Les chercheurs ont également été surpris par la densité de cette matière. La masse des particules divisée par le volume total qu’elles occupent était en effet inférieure à celle des météorites carbonées connues. Ces résultats laissent donc entendre que les roches sont très poreuses, permettant possiblement à l’eau de s’infiltrer l’intérieur. L’équipe a également découvert des traces de composés riches en ammoniac, ce qui pourrait avoir des implications concernant l’origine de l’astéroïde.

ryugu astéroïde
L’astéroïde Riygu photographié à six kilomètres de distance par la sonde Hayabusa2. Crédits : JAXA, Université de Tokyo.

D’autres données à venir

Pour rappel, il ne s’agit ici que des premières analyses. Exposer tous les secrets de cette roche extraterrestre prendra un certain temps. « Beaucoup de données nous parviendront en combinant des techniques supplémentaires, en particulier celles qui seront capables d’accéder aux échelles très fines« , souligne Cédric Pilorget.

Ces examens supplémentaires pourraient nous révéler l’histoire chronologique de la première formation de l’astéroïde et l’âge auquel il est entré en contact avec l’eau. L’analyse de ses composés organiques et autres minéraux fournira aussi des informations clés sur son corps d’origine. Enfin, en analysant les composés volatils, les chercheurs pourront étudier comment les vents solaires ont façonné la surface de l’astéroïde au fil du temps.