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Pourquoi dit-on parfois des gros mots durant notre sommeil ?

Crédits : Max Pixel

Des experts du sommeil ont pour la première fois analysé les paroles énoncées durant la nuit. Selon les résultats, nous formulons beaucoup d’insultes et cela serait souvent le fruit de situations conflictuelles dans la réalité.

Nos moments de sommeil sont parfois théâtre de conflits. Parmi les paroles que nous prononçons, de vilains mots en tout genre tels que « merde » ou « putain », comme l’indique une étude publiée dans la revue Sleep le 15 novembre 2017 et menée par Isabelle Arnulf, à la tête du service des pathologies du sommeil à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et chercheuse à l’Institut du Cerveau et de la Moelle Épinière (ICM).

Selon la chercheuse, la parole se libère le plus souvent lors de rêves « sous tension ». Il est ici question de somniloquie, un trouble faisant partie des parasomnies mais pas vraiment considéré comme une maladie. Néanmoins, ce trouble est assez répandu comme l’indique l’étude : 66,8 % des adultes estiment avoir déjà parlé en dormant, mais seulement 6,3 % estiment le faire au moins une fois par semaine.

Pour Isabelle Arnulf, étudier la parole nocturne est quelque chose de compliqué dans la mesure où celle-ci est très aléatoire. De plus, seulement une partie des mots prononcés sont réellement audibles et le fait d’immortaliser ces mêmes paroles à des fins d’étude est forcément contraignant. Pour ces recherches, les mots de 232 patients ont été retenus sur une base de 10 000 personnes enregistrées par vidéo-somnographie.

« Nous avons pu identifier 3349 mots différents. L’immense majorité du temps, ce qui est en train d’être dit est conflictuel, ce sont de moments de tension. Et les mots prononcés traduisent vraisemblablement bien le contenu mental au moment du rêve », explique la principale meneuse de l’étude (voir tableau ci-dessous).

Crédits : ICM/ Sleep

La parole nocturne est susceptible de faire son apparition lors du sommeil lent, qui se traduit par un endormissement de plus en plus profond et un ralentissement de l’activité cérébrale. Parler en dormant peut également intervenir lors du sommeil paradoxal, durant lequel une activité cérébrale proche de celle de la veille est présente, soit la période responsable du fait que l’on se souvienne de nos rêves.

Les chercheurs ont pu faire des distinctions dans le contenu des paroles prononcées lors de ces deux différentes phases de sommeil. Lors du sommeil lent, il s’agit davantage de jurons non dirigés vers une personne en particulier, comme s’il s’agissait de réactions à un événement désagréable, voire à une catastrophe. Le sommeil paradoxal est plus caractérisé par des insultes résultant de relations sociales agressives, de conflits avec d’autres personnes.

« Les parleurs nocturnes utilisent les mêmes circuits cérébraux pour parler que lorsqu’ils sont éveillés, ils respectent le temps de réponse de leur interlocuteur imaginaire, la sémantique, la syntaxe, la grammaire, etc. »

Cependant, les chercheurs ne savent toujours pas ce qui déclenche la parole nocturne, ou les raisons faisant que l’on se met à parler à un moment précis. Isabelle Arnulf pense qu’il peut s’agir du « paroxysme d’un rêve, sa partie la plus intense ».

Sources : Sciences et Avenir – Slate