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Il y a 80 millions d’années, des parasites ont investi l’os d’un pauvre dinosaure

Crédits : Jennifer Hall

Il y a environ quatre-vingts millions d’années, dans ce qui est aujourd’hui le Brésil, un dinosaure a souffert d’une terrible infection. Ses jours étaient comptés. L’os de sa jambe était si malade qu’il était devenu spongieux. Les coupables étaient des parasites ressemblant à des vers se tortillant dans sa circulation sanguine.

Un dinosaure dont l’os surprenait les paléontologues

Nous sommes en 2006, au Brésil. La paléontologue Aline Ghilardi déterre un os près de São Paulo : celui d’un petit titanosaure, un sauropode à long cou d’environ six mètres de long. Elle constate alors plusieurs lésions en surface. Aucun des autres fossiles trouvés aux alentours ne présentait ce type de dommage. S’agissait-il des traces d’une ancienne forme de cancer ? Le meilleur moyen d’en être sûre était d’analyser cet os plus en profondeur.

Avec son mari Titi Aureliano, également paléontologue, elle se tourne alors vers des collègues de l’École de médecine de l’Université de São Paulo qui lui propose de faire un scanner du fossile. Résultat : les chercheurs diagnostiquent non pas un cancer, mais une ostéomyélite.

Ils constatent également que l’infection s’étend profondément dans l’os. À son époque, il y a environ quatre-vingts millions d’années, ce dinosaure âgé boitait et souffrait probablement le martyre. En raison de la nature de ces blessures, l’équipe surnomme finalement l’animal “Zombie Dino”.

Des dizaines de parasites

L’ostéomyélite est une infection le plus souvent causée par un traumatisme grave où l’os et la peau se brisent, permettant aux bactéries de pénétrer plus facilement dans l’os. Néanmoins, alors qu’il prépare son article, le couple remarque un manque de données histologiques concernant l’infection osseuse, même dans les recherches liées à la médecine moderne. Il décide alors d’analyser le tissu osseux au niveau microscopique, de manière à comprendre comment ce dernier se trouve remodelé par l’infection.

Il y a deux ans, Titi Aureliano découpe finalement le fossile pour préparer les échantillons et propose à sa femme de les analyser. C’est alors qu’elle tombe sur une dizaine de microfossiles. Abasourdie, elle prévient son mari qui fait le même constat. Ils font ensuite appel à la paléo-parasitologue Carolina Nascimento, de l’Université fédérale de São Carlos pour qu’elle jette un coup d’oeil. La chercheuse confirme alors la nature des microfossiles et en détecte des dizaines d’autres, plus de soixante-dix au total.

À l’époque, les microfossiles n’étaient autres que des petits parasites ressemblant à des vers se tortillant dans les canaux vasculaires de son os. Ces derniers représentaient également une espèce nouvelle pour la science. La découverte était donc exceptionnelle. C’était en effet la première fois que des parasites fossilisés étaient isolés dans un os de dinosaure. Les paléontologues ont finalement publié leurs résultats dans Cretaceous Research en octobre.

dinosaure parasite
L’un des parasites fossilisés conservés à l’intérieur d’un canal vasculaire du sauropode. Crédits :Tito Aurelian

Ces recherches ne sont pas encore terminées. L’équipe doit en effet encore déterminer si les parasites sont la cause de cette ostéomyélite ou si ces derniers ont simplement profité d’un environnement idéal créé par l’infection osseuse avant de prospérer. À noter que l’os ne montre aucun signe de rupture ou de morsure.

Désormais, le couple étudie de plus près ces parasites pour tenter de trouver des réponses. Comprendre les voies évolutives de cette maladie est en effet crucial. Savoir comment l’ostéomyélite affectait les animaux préhistoriques, comme les dinosaures, et comment elle a évolué avant d’infecter les animaux et les humains aujourd’hui pourrait être la clé pour mieux la combattre.