Mais que devient l’encre une fois celle-ci tatouée sur la peau ? Un groupe composé de scientifiques et de politiques européens s’est exprimé sur ce sujet lors de l’Euroscience Open Forum 2016 qui s’est déroulé à Manchester (Royaume-Uni) du 23 au 27 juillet. En effet, l’encre de tatouage n’est soumise à aucune réglementation européenne alors que les contrefaçons sont désormais légion.

Ce groupe, ayant fait l’objet d’une conférence lors de l’Euroscience Open Forum 2016, était composé d’un inspecteur britannique de surveillance des lieux et produits de tatouage, un chimiste employé par les services de sécurité des consommateurs du gouvernement allemand, une pharmaco-toxicologue espagnole du Centre commun de recherche de la Commission Européenne, ainsi qu’un dermatologue danois spécialisé dans les complications médicales liées au tatouage.

« Les pigments utilisés pour les encres de tatouage sont les mêmes que pour le textile ou l’imprimante de votre ordinateur. Il n’y a aucun cahier des charges spécifique » indique la toxicologue espagnole Maria Pilar Aguar Fernandez, déplorant la quasi-absence de réglementation.

Il existe bien une réglementation, mais celle-ci est plutôt vague à propos des encres utilisées par les tatoueurs. En effet, seuls les produits utilisés en cosmétiques sont strictement interdits au tatouage, mais le fait est que les encres ne sont pas collées à la surface de la peau, mais implantées dans une couche inférieure, le derme.

« Les risques sont différents. Il peut y avoir des réactions allergiques au produit lui-même, des réactions neurosensitives lorsque le tatouage est normal, mais brûle et démange atrocement, des traumatismes liés à l’aiguille, des infections bactériennes causées par de mauvaises conditions d’hygiène et très probablement des risques de cancer » explique à son tour Jørgen Serup, le dermatologue danois, indiquant que les recherches seront encore longues pour comprendre ce que l’encre devient après un tatouage et évaluer précisément les risques.

L’ensemble des experts indique qu’une réglementation européenne harmonisée sur l’encre de tatouage est souhaitable. En effet, le succès de cette pratique continue de croitre puisque l’on estime désormais à 10% le nombre de français tatoués, tandis que la mode est aujourd’hui aux tatouages géants plutôt qu’aux tatouages discrets.

Il existe une autre source d’inquiétude selon Jens Bergström, artiste tatoueur. Pour lui, il est « très facile d’importer des contrefaçons d’encres de marque en vente à bas prix sur internet. Il ne faut que quelques minutes et une carte bleue pour pouvoir s’improviser tatoueur à domicile. »

Ceci est donc la preuve que le choix du tatoueur est très important. Jens Bergström, qui gère une plateforme éducative traitant d’hygiène et de sécurité par rapport au tatouage a été choisi pour participer à une campagne de prévention lancée par le gouvernement allemand. Le but était de donner aux futurs tatoués des critères sur lesquels rester attentif, comme  l’utilisation de gants et de capsules d’encre jetable, ou encore le soin apporté à la peau après une séance de tatouage.

L’Agence européenne des produits chimiques a quant à elle fustigé l’encre de tatouage, indiquant que « de nombreux rapports montrent des préoccupations importantes pour la santé en lien avec la composition des encres utilisées pour le tatouage », et que les encres provoqueraient « des allergies » et auraient de « possibles effets cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction ».

Sources : Sciences et AvenirPasseportSanté