Deux géants de l’industrie des satellites unissent leurs forces

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Crédits : johan63/istock

La concurrence dans le domaine des communications par satellites est en pleine effervescence avec l’émergence de réseaux satellitaires à large bande tels que Starlink qui redéfinissent le paysage de l’industrie. Dans ce contexte, deux géants historiques, SES et Intelsat, ont annoncé leur intention de fusionner pour ne former ainsi qu’une entité combinée qui se positionnera comme un acteur majeur dans le secteur.

Les satellites GEO

Placés en orbite à une altitude fixe d’un peu plus de 36 000 km au-dessus de l’équateur, les satellites géostationnaires traditionnels ont longtemps été la norme pour les communications par satellite. Cependant, ces dernières années, la demande pour leurs services a commencé à diminuer. Il y a plusieurs raisons à cela.

Tout d’abord, en raison de leur altitude élevée, les satellites géostationnaires ont une latence significative, ce qui peut entraîner des retards dans les communications, notamment pour les applications sensibles au temps comme les jeux en ligne, les vidéoconférences et les transactions financières. La construction, le lancement et la maintenance de ces structures sont également coûteux. De plus, leur capacité est limitée, ce qui peut rendre les services coûteux pour les opérateurs et les consommateurs. Enfin, les satellites géostationnaires sont fixes par rapport à la Terre, ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas fournir une couverture mondiale sans un grand nombre de machines, ce qui augmente les coûts et la complexité opérationnelle.

La montée en puissance de Starlink

Les constellations de petits satellites en orbite terrestre basse offrent de leur côté plusieurs avantages par rapport aux satellites géostationnaires traditionnels. Pour commencer, ils sont beaucoup plus proches de la Terre que les satellites géostationnaires, ce qui réduit la latence des signaux. Cela les rend idéaux pour les applications nécessitant des communications en temps réel. Ils sont également généralement plus petits et plus légers que les satellites géostationnaires, ce qui réduit les coûts de production, de lancement et de maintenance.

Enfin, en utilisant des constellations de satellites en orbite terrestre basse, les opérateurs peuvent fournir une couverture mondiale en déployant un nombre relativement restreint de satellites. De plus, ces satellites peuvent être déplacés pour répondre aux demandes changeantes de couverture.

Starlink, le projet de réseau de satellites en orbite terrestre basse de SpaceX, est à l’avant-garde de cette transition vers les constellations LEO. Avec plus de 5 800 satellites actifs et des millions d’abonnés, Starlink a en effet réussi à transformer le paysage des communications de manière significative. Sa vaste constellation de satellites lui permet notamment de couvrir des régions reculées du globe et d’offrir ainsi une connectivité à haut débit à des millions de personnes.

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Cette illustration montre les emplacements relatifs des satellites en orbite géostationnaire, en orbite terrestre moyenne et en orbite terrestre basse. Crédits : NASA

Maintenir une présence géostationnaire

Malgré tout, certains des plus grands opérateurs en orbite géostationnaire ont pris des mesures au cours de la dernière décennie pour tenter de répondre à cette nouvelle concurrence. En plus de Starlink, la seule autre constellation Internet opérationnelle en orbite terrestre basse est celle de OneWeb. OneWeb se concentre principalement sur la vente de capacité aux fournisseurs Internet existants qui distribuent ensuite ces services aux consommateurs individuels.

Par ailleurs, Eutelsat, le troisième plus grand opérateur de satellites géostationnaires, a fusionné avec OneWeb l’année dernière. Ils forment ainsi une entreprise qui propose une gamme de services combinant les technologies GEO et LEO. De même, Viasat, un pionnier dans les services Internet par satellite qui utilisent des satellites dédiés en orbite géostationnaire, a récemment acquis Inmarsat, une entreprise spécialisée dans la fourniture de connectivité aux avions et aux navires.

Maintenant, c’est au tour de SES, une entreprise basée au Luxembourg, de prévoir le rachat d’Intelsat pour 3,1 milliards de dollars.

Une tendance à la consolidation

SES, fondée en 1985, gère actuellement 43 satellites géostationnaires et 26 engins spatiaux à large bande en orbite terrestre moyenne (MEO) qui se situent à quelques milliers de kilomètres au-dessus de la Terre. Ces satellites MEO offrent une latence plus faible que les réseaux géostationnaires tout en étant positionnés à une altitude qui ne nécessite pas un grand nombre d’engins spatiaux pour une couverture mondiale.

De son côté, Intelsat détient 57 satellites géostationnaires, principalement utilisés pour les services de télévision et de relais vidéo. Ces deux entreprises ont déjà commandé treize nouveaux satellites, comprenant six engins spatiaux GEO et sept satellites MEO à large bande. Intelsat offre également un accès à la constellation LEO de OneWeb. La fusion entre SES et Intelsat permettra à la nouvelle société de fournir une couverture sur plus de 99% du monde et d’offrir des services sur une gamme étendue de bandes de communication.

Alors que les satellites LEO des réseaux Starlink et OneWeb transmettent principalement des signaux aux terminaux utilisateurs via la bande Ku, les réseaux combinés de SES et d’Intelsat couvriront également plusieurs bandes, notamment Ka, Ku, X, C, UHF, ainsi que des bandes sécurisées adaptées à un usage militaire. Cette diversité de couverture conférera à la société issue de la fusion une position unique sur le marché pour répondre aux besoins variés de ses clients.

SES et Intelsat s’attendent à ce que l’acquisition soit finalisée au second semestre 2025 dans l’attente des approbations réglementaires. Les conseils d’administration des deux sociétés ont approuvé la transaction à l’unanimité.