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Pour lutter contre la désertification, il prône la mort de 40 000 éléphants

Attribution : Savory Global (montage : SciencePost)

Durant une conférence TED en 2013, l’écologue zimbabwéen Allan Savory met en garde quant aux dangers de désertification des sols. Photos à l’appui, le scientifique explique que le phénomène semble gagner de plus en plus de régions du globe. Il prévient que le recul de la végétation fait planer un réel risque sur l’avenir de la planète. Pour lui, la restauration des sols passe par une gestion holistique de la terre avec l’utilisation de larges troupeaux de ruminants. Toutefois, avant d’arriver à cette solution, Allan Savory avait élaboré une autre théorie des années auparavant. En effet, les précédents travaux scientifiques de l’écologue ont mené à la mort de 40 000 éléphants pour lutter contre la désertification, événement qu’il a désigné comme « la plus grande et triste erreur » de sa vie.

Une erreur d’observation tragique

Né en 1935 en Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe), Allan Savory étudie l’écologie à l’Université du Natal en Afrique du Sud où il ressort diplômé en 1955. Le jeune écologue se penche alors sur le processus de désertification qu’il remarque en Afrique australe. Il détecte notamment une corrélation entre le phénomène et la grande présence d’éléphants dans la région. En croisant ses observations avec ses connaissances, Allan Savory arrive à la conclusion que les pachydermes accélèrent la destruction de leur habitat. Pour lui, les éléphants appauvrissent les sols avec leurs déjections, abîment le milieu et ravagent la végétation à cause de leur alimentation.

Grâce à son action militaire et politique pour l’indépendance de la Rhodésie, Allan Savory a des liens avec le pouvoir dans les années soixante. L‘écologue produit donc une note à l’intention des autorités prônant la mise à mort de 40 000 éléphants afin d’arrêter la désertification. Un cortège de scientifiques convoqué par le gouvernement valide alors sa théorie. Le pouvoir procède ensuite à l’abattage des pachydermes à partir de ses recommandations. Néanmoins, la situation ne s’améliore pas malgré le massacre. Pire, la désertification semble même s’accélérer !

Allan Savory écologue éléphant désertification
Allan Savory dans sa jeunesse (attribution : Savory Global CC-BY-SA-4.0)

Un revirement de sa manière de penser

Constatant l’échec de sa solution pour endiguer la désertification, Allan Savory est très ébranlé par son erreur tragique. Durant un voyage aux États-Unis, il remarque que le phénomène touche même des territoires où la vie animale est absente. L’écologue procède alors à un examen critique de tout ce qu’il a étudié. Il reconnaît ses torts, mais pointe aussi du doigt la manière dominante de penser de l’écologie de l’époque. Pour Allan Savory, sa discipline a du mal à se rendre compte de la complexité des interactions dans un milieu, surtout dans la dimension temporelle.

La révision de ses connaissances amène Allan Savory à réévaluer le rôle de la vie animale dans le maintien des écosystèmes. Prenant à contre-pied ses anciennes croyances, il note par exemple l’importance du passage de la faune pour la régénération de la végétation ainsi que de ses apports pour la fertilisation du sol. À partir de nouvelles observations, Allan Savory développe une méthode durant les années 80 : la gestion holistique des sols par le pâturage. C’est pour le scientifique la seule solution contre la désertification. Cette gestion se caractérise notamment par une utilisation de grands troupeaux de ruminants. Ceux-ci doivent paître temporairement sur de larges parcelles. Le but n’est plus d’éliminer toute forme de vie sauvage, mais au contraire de stimuler la vie animale. Allan Savory prône par ailleurs le retour des anciennes traditions pastorales disparues avec la modernité. 

vaches laitières
Crédits : PxHere

Il s’agit donc d’un revirement total pour ce scientifique qui a prôné la chasse de 40 000 éléphants pour lutter contre la désertification ! L’exemple d’Allan Savory montre bien que des erreurs d’observation scientifique peuvent amener à de réelles catastrophes. Toutefois, son expérience illustre également l’importance de la remise en question critique, et ceci fait aussi partie intégrante de la démarche scientifique !