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Des traces d’activité humaine découvertes au fond de la plus grande grotte submergée du monde

Crédits : CINDAQ.ORG

Des traces d’activité humaines vieilles de plus de 10 000 ans ont été identifiées au cours de ces dernières années au fond de la plus grande grotte submergée du monde, au Mexique. Selon les chercheurs, ce réseau souterrain abritait à l’époque un important camp minier.

La grotte sous-marine de Sac Actun, près de Tulum est aujourd’hui considérée comme la plus vaste au monde. Elle est en réalité constituée de deux vastes grottes reliées entre elles. Cependant, ce réseau souterrain n’a pas toujours été submergé. Il y a un peu plus de 10 000 ans, avant que le niveau des mers ne s’élève à la fin de la période glaciaire, le terrain était en effet accessible.

Nous savions que ces grottes avaient été explorées par les premiers humains ayant fréquenté la région. Plusieurs squelettes ont en effet été découverts il y a plusieurs années par des plongeurs dans plusieurs de ces réseaux, y compris à Hoyo Negro et Chan Hol Cave. Mais que venaient faire ces gens dans ces labyrinthes sombres et sinueux ?

D’anciens camps miniers

Les archéologues se sont longtemps posé la question. Aujourd’hui, nous avons enfin la réponse : ils venaient y extraire de l’ocre rouge. Ces nouvelles découvertes viennent de faire l’objet d’un article publié dans la revue Science Advances.

Les plongeurs ont isolé ces anciens camps miniers en avril 2017, après la découverte d’un passage auparavant non documenté dans le système de grottes. “Le site est essentiellement “une capsule temporelle sous-marine“, souligne Brandi MacDonald, de l’Université du Missouri. C’est une opportunité vraiment rare de pouvoir étudier un site aussi bien préservé“.

Sur place, ils ont retrouvé des échantillons d’ocre, des restes de charbon brûlés (des feux de camp), mais aussi des outils fabriqués à partir de stalactites cassées du plafond et de stalagmites au sol.

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Un marteau en pierre fabriqué à partir d’un morceau de stalactite ou de stalagmite trouvé dans la grotte. Crédits : CINDAQ

Les chercheurs ont également identifié plusieurs puits d’extraction, et même des marqueurs en pierre, probablement répartis dans le but de pouvoir s’orienter dans ce réseau souterrain privé de toute source de lumière naturelle.

L’équipe a pu dater ces activités minières en analysant le carbone radioactif du charbon de bois. Selon eux, les peuples autochtones auraient miné la partie ouest du système de grottes il y a environ 11 400 à 10 700 ans.

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Un tas de pierres probablement utilisé comme marqueur dans le but de s’orienter dans la grotte. Crédits : CINDAQ

Plusieurs intentions possibles

L’exploration de ces grottes était tout de même très risquée. Nous pourrions donc imaginer que si ces anciens peuples ont pris la peine de s’y aventurer, c’est que l’ocre qui pouvait y être extrait était important à leurs yeux. Néanmoins, à quoi pouvait-il bien servir ?

Des études antérieures ont suggéré que le minéral aurait pu servir d’antiseptique, d’écran solaire ou même comme répulsif contre les tiques ou les poux. L’ocre découvert dans ces grottes était en effet très riche en arsenic, avec une concentration estimée à 4 000 parties par million (ppm). Autrement dit, le minéral devait être extrêmement efficace contre les ravageurs.

Ce ne sont évidemment que des suppositions. Quelle que soit la raison de ces extractions, l’étude montre que “les premiers groupes humains des Amériques étaient déjà engagés dans des activités complexes qui allaient bien au-delà de leur propre survie“, explique à Livescience Mark Hubbe, professeur d’anthropologie à l’Ohio State University. “Et même si nous ne pouvons pas vraiment dire pourquoi ils utilisaient ce minéral, cela montre qu’il était extrêmement précieux et important pour eux“.