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Des tatouages ​​ »protecteurs d’accouchement » sur des momies égyptiennes

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Crédit : Anne Austin/Université du Missouri-St. Louis

La pratique des tatouages remonte à plusieurs millénaires. Sur le site de Deir el-Medina (1550 av. J.-C. à 1070 av. J.-C.), en Égypte, des chercheurs en ont récemment retrouvé un certain nombre sur les restes momifiés de plusieurs femmes. Les figurines tatouées seraient probablement liées à l’ancien dieu égyptien Bès qui protégeait les femmes et les enfants, en particulier lors de l’accouchement. Les détails de l’étude sont publiés dans le Journal of Egyptian Archaeology.

Vous retrouverez le site de Deir el-Médineh sur la rive ouest du Nil, en face du site archéologique de Louxor. Connue à l’époque du Nouvel Empire sous le nom de Set-Ma’at (« Lieu de vérité »), la région abritait jadis une communauté composée essentiellement d’ouvriers chargés de construire des tombes pour les dirigeants égyptiens dans la célèbre « Vallée des rois ». Le plus souvent, les hommes partaient plusieurs jours d’affilée pour travailler, tandis que les femmes et les enfants restaient au village.

Sur le site, une ancienne décharge pleine de talons de paie, de reçus et autres lettres sur papyrus ont permis aux archéologues de mieux appréhender la vie de ces personnes « ordinaires ». En revanche, aucun de ces documents ne faisait référence à la pratique du tatouage. Cela a donc suscité la surprise de chercheurs lorsqu’ils sont tombés il y a trois ans sur les corps momifiés de femmes tatouées.

Traverser l’expérience traumatisante de l’accouchement

Parmi les deux tombes étudiées, l’une comprenait un os de la hanche gauche d’une femme d’âge moyen. Les chercheurs ont isolé sur la peau des motifs de coloration noir foncé créant une image qui, si elle était symétrique, aurait couru le long du bas du dos de la femme. À gauche des lignes horizontales du tatouage se trouvait également une représentation de Bès et d’un bol. Ces images sont liées à la purification rituelle pendant les semaines après l’accouchement.

Le second tatouage provient d’une femme d’âge moyen découverte dans une tombe voisine. Celui-ci, quasi invisible à l’œil nu, ne fut révélé que grâce à la photographie infrarouge. Un dessin de reconstruction de ce tatouage révéla un oudjat (ou œil d’Horus) et une image possible de Bès portant une couronne à plumes. Ces deux images suggèrent que ce tatouage était lié à la protection et à la guérison. Un motif de lignes en zigzag pourrait également représenter un marais que d’anciens textes médicaux associaient aux eaux de refroidissement qui étaient utilisées pour soulager la douleur des menstruations ou de l’accouchement.

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L’os de la hanche gauche de l’une des deux femmes. Crédit : Anne Austin
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Le bas du torse et les jambes de l’autre femme. Le tatouage est clairement visible sous la photographie infrarouge. Crédit : Anne Austin
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Une reconstitution de ces tatouages. Les lignes noires représentent les zones où l’encre de tatouage est observable. La coloration gris clair est une reconstruction. Crédit : Anne Austin

D’après les auteurs, ces tatouages ​​visaient à imprimer des représentations protectrices. Pendant la plus grande partie de l’histoire de l’humanité, bien avant la théorie des germes et les antibiotiques, l’accouchement était en effet l’une des expériences les plus dangereuses, tuant environ une personne sur vingt. À l’époque, tout était donc bon à prendre pour tenter de conjurer le mauvais sort. Pour les femmes de l’ancienne Égypte, il semblerait que les tatouages aient ainsi pu jouer le rôle de « porte-bonheur ».