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Des images sans précédent révèlent les dessous d’un des glaciers les plus instables de l’Antarctique

Crédits : capture d'écran / Icefin / ITGC_Melt / BESchmidt.

Portée par l’International Thwaites Glacier Collaboration, une campagne scientifique de terrain a pu dévoiler les dessous d’un des glaciers les plus instables de l’Antarctique. Une première. Des données sans précédent qui permettront de mieux comprendre la dynamique d’un secteur particulièrement sensible au réchauffement de l’océan.

La calotte glaciaire antarctique perd de la masse à un rythme accéléré et contribue ainsi à la hausse du niveau des mers. Loin d’être homogène, la perte de glace se cantonne à certains secteurs particulièrement exposés ou instables.

De l’instabilité au risque d’effondrement

L’un d’eux se situe sur la marge sud-ouest du continent et englobe la zone du glacier Thwaites. Ce dernier étant particulièrement surveillé par les glaciologues. En effet, les observations révèlent une accélération massive de son écoulement vers l’océan.

De fait, il s’agit d’un des glaciers les plus instables de l’Antarctique. Contribuant pour près de 4 % à l’élévation actuelle du niveau des océans, il pourrait ajouter plus de 60 centimètres supplémentaires en cas d’effondrement total. Un scénario que les scientifiques ne peuvent exclure dès les prochaines décennies.

glaciers ligne de mise à terre
Représentation schématique d’un glacier de marée, prolongement d’une calotte glaciaire sur la mer (plate-forme de glace). Plus précisément, la zone de mise à terre se situe en bas à gauche de la figure (nommée Grounding line). En outre, notez la flèche rouge symbolisant la circulation d’eau plus chaude et qui vient fragiliser le glacier par-dessous. Crédits : AntarcticGlaciers.org.

Une raison qui explique la forte sensibilité du glacier Thwaites tient à la configuration topographique de sa ligne de mise à terre. On désigne ainsi la zone où la base du glacier est arrimée (voir schéma ci-dessus). En effet, elle repose sur un lit en pente rétrograde. Autrement dit, lorsque cette ligne commence à reculer, l’eau s’engouffre à la base et amplifie le retrait.

Aussi, un processus à seuil peut se mettre en place et mener à une désintégration irréversible. Toutefois, la topographie du substrat reste mal connue ce qui explique l’incertitude quant à la probabilité de passer un point de non-retour à court terme.

Les premières observations in situ du dessous d’un glacier de marée

Grâce à une collaboration internationale forte, des chercheurs ont pu voir de manière directe la ligne de mise à terre du glacier de marée. C’est la première fois qu’une telle observation est effectuée. Des données obtenues les 9 et 10 janvier derniers grâce à un petit robot (Icefin), lequel a été introduit sous le glacier via un carottage de près de 600 mètres de profondeur.

« Icefin a navigué sur 15 km aller-retour pendant cinq missions. Cela comprenait deux passages jusqu’à la zone de mise à terre, dont une où nous nous sommes approchés aussi près que possible de l’endroit où le plancher océanique rencontre la glace » détaille Britney Schmidt, professeure agrégée au Georgia Tech Research Institute. Les images capturées sont présentées dans la vidéo ci-dessous. De manière assez anecdotique, on constate la présence d’anémones et de poissons.

Les données récoltées dans le cadre du projet sont diverses et vont bien au-delà des seules images. Parmi d’autres, on citera les informations rapportées par les relevés sismiques, les enregistrements radars, les mesures de température et de salinité de l’eau ou encore les prélèvements de carottes sédimentaires.

Un ensemble riche qui permettra de mûrir de nouvelles études dès les prochains mois. Ceci afin de mieux comprendre la dynamique du glacier Thwaites et évaluer avec plus de précision sa stabilité. À terme, ce sont les projections sur la hausse du niveau des mers que les scientifiques espèrent affiner.

« Nous savons que les eaux océaniques plus chaudes érodent de nombreux glaciers de l’Antarctique occidental, mais nous sommes particulièrement concernés par Thwaites. Ces nouvelles données fourniront une nouvelle perspective des processus en jeu » souligne Keith Nicholls, océanographe au British Antarctic Survey.

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