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Des chercheurs victimes du “gaz hilarant” produit par les manchots royaux

Une colonie de manchots royaux photographiée en 2006 en Géorgie du Sud. Les plus jeunes spécimens ont encore leur plumage brun. Crédits : Pismire/wikipédia

Le protoxyde d’azote peut entraîner d’importants effets secondaires en cas d’inhalation. Et ce ne sont pas les chercheurs étudiant les manchots royaux, grands producteurs de ce “gaz hilarant”, qui vous diront le contraire !

Le guano (amas d’excréments d’oiseaux marins) des manchots royaux produit des niveaux significativement élevés de protoxyde d’azote, un puissant gaz à effet de serre qui, en cas d’importante inhalation, peut entraîner quelques effets secondaires. Le Professeur Bo Elberling et son équipe, de l’Université de Copenhague, en ont récemment fait l’expérience.

C’est vraiment intense”

Dans une étude, publiée dans la revue Science of the Total Environment, ils rapportent en effet avoir essuyé d’importants maux de têtes, parfois quelques nausées, mais aussi des crises de rires incontrôlées. Cela dit,  les effets de ce gaz sont bien moins amusants pour la planète…

Dans une colonie classique, les émissions maximales sont environ 100 fois plus élevées que dans un champ danois récemment fertilisé. C’est vraiment intense, notamment parce que le protoxyde d’azote est 300 fois plus polluant que le CO2 (dioxyde de carbone)“, expliquent les auteurs.

Cette intensité s’explique naturellement par l’alimentation des manchots ; ils se nourrissent de krills (petits crustacés) et de petits poissons, lesquels contiennent beaucoup d’azote. Une fois que les oiseaux défèquent, l’azote se retrouve concentré au sol, et les bactéries le convertissent en protoxyde d’azote.

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Crédits : PollyDot/pixabay

L’équipe explique avoir été exposée au fientes des manchots pendant qu’ils étudiaient l’impact de la production d’azote par ces oiseaux sur la fonte glaciaire et sur les niveaux de polluants atmosphériques en Géorgie du Sud, une île située entre l’Argentine et l’Antarctique.

Bien que les émissions de protoxyde d’azote dans ce cas ne soient pas suffisantes pour avoir un impact sur le budget énergétique global de la Terre, nos résultats contribuent à de nouvelles connaissances sur la façon dont les colonies de manchots affectent l’environnement qui les entoure”, peut-on lire dans l’étude.

S’adapter ou disparaître

Le manchot royal se plaît sur les îles aux eaux dépourvues de glace. Pour se nourrir, il doit chercher le poisson généralement à hauteur du front polaire antarctique. Le problème, c’est que le réchauffement climatique (et donc des eaux de surface) a pour effet d’éloigner ces proies vers le sud, c’est à dire vers l’Antarctique, où les îles vierges de glace se font très rares.

Ainsi les colonies, pour survivre, devront apprendre à suivre leurs sources de nourriture et à s’adapter à de nouveaux environnements. Des analyses génétiques de l’espèce suggèrent que les manchots royaux ont déjà essuyé d’importantes crises démographiques liées à l’évolution de leur habitat, notamment il y a 20 000 ans. Le problème, c’est que ces changements opèrent très rapidement. Cette fois, l’espèce risque de ne pas pouvoir “suivre le rythme”…

Dans le cadre d’une récente étude, le CNRS avait estimé que 70 % de la population mondiale des manchots royaux pourrait disparaître avant la fin de ce siècle.

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