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Des chercheurs utilisent les albatros pour espionner les bateaux de pêche illégaux

Crédits : getspotted/pixabay

Pour aider à surveiller les activités de pêche dans les mers australes, des chercheurs se sont appuyés sur les albatros. Et ça fonctionne.

Plus de 800 millions de personnes dans le monde dépendent de la pêche comme moyen de subsistance. Malheureusement, ces ressources sont de plus en plus menacées par les activités illégales. En effet, on estime aujourd’hui que la pêche illicite non déclarée et non réglementée (INN) représente 12 à 28% des captures mondiales. En plus de représenter une menace pour la sécurité alimentaire, ces activités favorisent également la destruction des écosystèmes.

Pour aider à lutter contre ces pratiques, les chercheurs ont principalement recours aux satellites. Cependant, ce type de surveillance peut coûter cher. Il est également impossible de suivre tous les bateaux à cause des intermittences de survols. Partant de ce constat, des chercheurs du CNRS et de l’Université de La Rochelle ont décidé de s’appuyer sur une autre alternative : les albatros.

Ces oiseaux, dont l’envergure peut atteindre 3,50 m, peuvent en effet parcourir de grandes distances. En outre, ils sont naturellement attirés par les bateaux de pêche qu’ils peuvent suivre pendant des heures.

Un tiers de bateaux pêchent illégalement

Pour cette étude, les chercheurs ont équipé 169 albatros des îles Crozet, Kerguelen et Amsterdam, de petites balises pesant 70 g et détectant à 5 km les échos émis par les radars des navires de pêche. Tous les oiseaux ont ensuite été relâchés dans le sud de l’océan Indien et ont été suivis pendant six mois.

Au terme de ce projet baptisé “Ocean sentinel“, les albatros avaient réussi à localiser 353 bateaux de pêche dans la région.

Parmi ceux qui opéraient dans les zones économiques exclusives (ZEE) des pays où les navires doivent déclarer leurs prises, 25,8% avaient éteint leurs “systèmes d’identification automatique” utilisés pour éviter les collisions et permettre aux autorités de les suivre. Dans les eaux internationales cette fois, les oiseaux ont découvert que 36,9% des navires avaient éteint le système. Or, pour les chercheurs, ce type de comportement témoigne le plus souvent d’activités illégales.

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Crédits : ArvidO/pixabay

Les albatros en appui des satellites

Pour Henri Weimerskirch, principal acteur de ce projet, cette étude est une vraie réussite et pourrait à terme venir appuyer la surveillance par satellite. “Nous avons montré que c’est possible“, a-t-il expliqué. Ces oiseaux étant capables de transmettre des données en temps réel, ils pourraient même être utilisés dans le cadre des efforts d’application de la loi en collaboration avec les autorités marines.

John Amos de SkyTruth en Virginie-Occidentale, qui utilise des satellites pour la protection de l’environnement, a salué l’initiative. Néanmoins, il souligne également que les progrès réalisés dans le domaine de la surveillance par satellite pourraient nous permettre de nous passer des albatros. “Nous n’aurons bientôt plus besoin de compter sur des animaux sauvages pour effectuer notre travail de collecte de données“, a-t-il expliqué. “Les technologies orbitales s’améliorent rapidement et prennent régulièrement dans leurs filets les pêcheurs qui agissent dans l’illégalité“.

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