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Des chercheurs confirment : le déclin actuel des calottes polaires suit le “scénario du pire”

Crédits : University of Washington / Ian Joughin.

La perte de glace des calottes groenlandaise et antarctique contribue actuellement pour environ 30 % à la hausse du niveau moyen des mers. Or, selon un article paru dans la revue Nature climate change ce 31 août, la vitesse à laquelle ces géants perdent de la masse avoisine le scénario le plus pessimiste émis par la communauté scientifique. Une réalité qui demanderait entre autres de revoir les plans d’adaptation et de prévention en milieu côtier.

Depuis 1990, sous l’effet du réchauffement de l’atmosphère et de l’océan, lesdites calottes ont libéré assez d’eau pour élever l’océan global de 17,8 millimètres. Le Groenland contribuant pour 10,6 millimètres et l’Antarctique pour 7,2 millimètres. En outre, ces apports grandissent rapidement au fil des années ainsi que le révèle la figure présentée plus bas. On remarque très nettement la proximité à l’extrémité haute des projections les plus récentes présentées par le GIEC – le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat.

Une sous-estimation aux conséquences rapidement croissantes

Ces considérations ont des implications majeures puisque les calottes polaires constituent le plus grand réservoir d’eau douce de la planète. En effet, si elles venaient à disparaître complètement – ce qui n’est pas près d’arriver mais qui permet de fixer les idées -, l’océan grimperait alors de 65 mètres. L’Antarctique participant à hauteur de 58 mètres et le Groenland de 7 mètres. Autrement dit, un écart de seulement une fraction de pourcent dans l’ampleur de la fonte projetée peut avoir des conséquences tout à fait majeures.

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Contribution des calottes antarctique et groenlandaise à la hausse du niveau des océans. Et ce, entre 1990 et 2040. La ligne noire avec marges grisées représente les observations. Les courbes en couleur traduisent l’éventail de projections climatiques. Le scénario le plus pessimiste est indiqué en rouge foncé et le plus optimiste en jaune. Crédits : Thomas Slater & al. 2020.

« Nous devons proposer un nouveau scénario du pire pour les calottes glaciaires, car elles fondent déjà à un rythme conforme à celui définit actuellement » souligne Thomas Slater, auteur principal du papier. « Les projections du niveau de la mer sont essentielles pour aider les gouvernements à planifier des stratégies de politique climatique, d’atténuation et d’adaptation. Si nous sous-estimons l’élévation future du niveau de la mer, ces mesures peuvent être inadéquates et laisser les communautés côtières vulnérables ».

Calottes polaires : une faiblesse des modèles climatiques

Au total, entre 44 et 66 millions de personnes seraient touchées chaque année par des phénomènes d’inondations côtières dans ce scénario pessimiste. Les chercheurs rapportent que l’écart entre les projections et les observations tient au fait que les modèles utilisés ne représentent pas explicitement les calottes. C’est-à-dire qu’elles ne sont pas couplées aux autres composantes du système climatique ni ne possèdent de dynamique en propre. Toutefois, le prochain rapport du GIEC prévu pour 2022 devrait progresser à ce niveau. En particulier, grâce aux données fournies par la nouvelle génération de modèles climatiques (CMIP6).

Enfin, rappelons qu’une récente étude mettait en avant le fait que la Terre avait perdu 28 billions de tonnes de glace entre 1994 et 2017. 28 mille milliards de tonnes, dont un peu moins de la moitié participe à élever de façon effective le niveau des mers. Une perte qui s’est par ailleurs accélérée de près de 60 % sur la période étudiée.

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