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Des bactéries et virus inconnus risquent d’être libérés par le dégel du pergélisol

Mollivirus sibericum
Mollivirus sibericum, un virus géant vieux de 30 000 ans récemment retrouvé dans le pergélisol sibérien. Crédits : Wikimedia Commons.

Le dégel du pergélisol (permafrost en anglais) est une source de risques multiples et hétérogènes pour le climat mondial, l’environnement et les sociétés humaines. Dans ce contexte, une étude parue le 30 septembre 2021 dans la revue scientifique Nature Climate Change a fait le point sur l’état de nos connaissances sur le sujet.

Au fil des décennies, des siècles et des millénaires, les sols des régions froides ont emprisonné d’importantes quantités de matière organique, de métaux et de composés chimiques d’origine naturelle ou émis par l’Homme. Or, aujourd’hui, l’élévation de la température moyenne du globe amène une perturbation massive vis-à-vis de ces terres gelées en profondeur sur plus de vingt millions de kilomètres carrés.

Réchauffement du pergélisol : quels risques courrons-nous ?

On pense habituellement aux rejets potentiellement massifs de méthane et de dioxyde de carbone qui accélèreraient encore un peu plus le changement climatique. Ou encore, à la fragilisation d’infrastructures parfois délicates bâties sur ces sols. Toutefois, avec le réchauffement accéléré des hautes latitudes, ces derniers menacent également de remettre en circulation des éléments biologiques, chimiques voire radioactifs jusqu’à présent immobilisés par le gel. Il s’agit d’une thématique qui attire de plus en plus l’attention des scientifiques car constituant une réelle menace pour la santé humaine.

pergélisol
Représentation schématique d’un environnement de pergélisol et des risques associés à son dégel. Notez que les différentes menaces correspondent à différentes zones dans la structure du sol. Crédits : Kimberley R. Miner & coll. 2021.

Un groupe de chercheurs issus de la NASA a récemment publié une synthèse de nos connaissances sur la question. Les auteurs soulignent avec force la possibilité de voir apparaître des bactéries résistantes aux antibiotiques actuels, des virus inconnus ou encore des fuites de radionucléides au cours prochaines décennies. Sans même évoquer le déstockage potentiel de méthane et de carbone, citons aussi l’émanation de produits chimiques toxiques tels que le DDT, dont on sait qu’il s’est déposé sur ces sols suite aux rejets industriels du siècle passé.

Un besoin de recherche urgent compte tenu des larges incertitudes

Si les éléments évoqués sont préoccupants en tant que tels, la grande incertitude qui existe quant à leur probabilité de survenue ou à leur ampleur n’arrange pas les choses. L’étude menée par les chercheurs montre à cet égard la nécessité de renforcer notre compréhension par rapport à ces sujets encore trop peu explorés. Par conséquent, les auteurs recommandent qu’elles soient considérées comme une priorité de recherche afin de fournir l’éclairage suffisant pour être en capacité d’affronter des risques de cette nature.

« Nous avons une très faible compréhension du type d’extrémophiles qui ont le potentiel de réapparaître », relate Kimberley Miner, auteur principal du papier. « Ce sont des microbes qui ont co-évolué avec des paresseux géants ou des mammouths, et nous n’avons aucune idée de ce qu’ils pourraient faire une fois libérés dans nos écosystèmes. Bien que certains des dangers associés à un dégel allant jusqu’à un million d’années de matière aient été identifiés, nous sommes loin d’être capables de modéliser et de prédire exactement quand et où ils se produiront. Cette recherche est essentielle ».

Une chose est cependant certaine : plus le réchauffement climatique sera important, plus le risque de mauvaises surprises le sera également. L’Accord de Paris et son objectif visant à limiter la hausse de la température du globe à 2 °C tiendra-t-il ses promesses ? Compte tenu des risques croissants qui se profilent à l’horizon, nous pouvons en tout cas l’espérer.