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Un dépérissement de l’Amazonie simulé par la dernière génération de modèles de climat

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Une étude permet de mieux comprendre comment l’Amazonie pourrait réagir au changement climatique d’ici à la fin du siècle. Le franchissement d’un point de bascule au-delà duquel l’ensemble de la forêt se transformerait en savane semble par exemple assez peu probable. Les résultats ont été publiés dans la revue Earth System Dynamics ce 24 novembre.

Le risque de voir tout ou partie de l’Amazonie se changer en savane sous les effets conjugués de la déforestation, des pratiques agricoles et du changement climatique reste difficile à évaluer. Une des difficultés est que la plupart des modèles ne montrent pas une telle évolution, s’opposant ainsi à un nombre croissant d’éléments théoriques et observationnels suggérant l’approche d’un point de bascule. Au vu de l’importance de la question, la recherche sur le sujet est particulièrement intense.

La dernière génération de modèles de climat change toutefois la donne puisqu’elle rapporte un dépérissement de la forêt amazonienne avec la poursuite du réchauffement. Le processus qui se dessine est cependant plus subtil que ce que peuvent suggérer les raisonnements basés sur des théories simplifiées. En effet, les modélisations montrent que l’Amazonie ne bascule pas dans sa globalité, mais plutôt par segments. On observe ainsi une sorte de dépérissement en marche d’escalier à mesure que les conditions environnementales se dégradent.

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Simulation de l’évolution de la forêt amazonienne par sept modèles de climat d’ici la fin du siècle. Les zones où un dépérissement est simulé apparaissent en rouge. On voit que les basculements sont locaux ou régionaux. L’un des modèles ne montre aucun dépérissement (UKESM1). Crédits : Isobel M. Parry & coll. 2022.

Amazonie et climat, une multitude de points de bascule

En lieu et place d’un unique point de bascule, il faudrait en imaginer une multitude, chacun associé à un petit pan de la forêt tropicale. Les scientifiques notent toutefois que même des dépérissements locaux auraient de terribles conséquences sur les écosystèmes et les communautés qui s’y trouvent. « Cette étude suggère que pour chaque degré de réchauffement dépassant 1,5 °C, jusqu’à 12 % du nord de l’Amazonie verront des baisses brutales du carbone contenu dans la végétation », relate Isobel Parry, auteure principale de l’étude.

Outre le fait de révéler des bifurcations locales en réponse au réchauffement, les modèles montrent que ces points de non-retour sont précédés d’une accentuation du cycle thermique saisonnier. En effet, la végétation devient de plus en plus sèche, ce qui accentue la montée des températures en dehors de la saison des pluies. Cet indicateur, qui signale un stress hydrique croissant, semble donc prometteur pour identifier l’imminence de points de bascule dans le monde réel.

« Les données d’observation des températures nous permettent de déduire que l’Amazonie s’assèche depuis plus de cent ans », rapporte Paul Ritchie, auteur d’une étude sœur sur la question. « Les modèles du système terre prévoient un assèchement continu à l’avenir en cas de réchauffement de la planète, ce qui nous donne une raison supplémentaire de nous inquiéter du dépérissement de la forêt amazonienne dû au climat ». Fort heureusement, l’Amazonie a peu de risque de basculer dans sa globalité, laissant plus de marge aux politiques de protection de la forêt et d’atténuation du changement climatique.

Damien Altendorf

Rédigé par Damien Altendorf

Habitant du Nord-est de la France, je suis avant tout un grand passionné de météorologie et de climatologie. Initialement rédacteur pour le site "Monsieur Météo", je contribue désormais à alimenter celui de "Sciencepost".