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Les dents des hippopotames révèlent de graves changements environnementaux

Crédits : Wikimedia Commons/Peripitus

L’histoire environnementale scellée dans les dents d’hippopotames nous montre comment le braconnage est en train de modifier le paysage de la savane africaine.

Les méga-herbivores – comme les éléphants et les hippopotames – aiment brouter les herbes de plaine. Les éléphants, par exemple, ont un régime exclusivement végétal : herbe, roseaux, arbustes, feuilles, pousses, graines ou encore racines. Ces animaux, en particulier les éléphants qui ont un gros appétit, aident en même temps à maintenir l’empiétement des plantes ligneuses en échec. Mais maintenant que beaucoup de ces herbivores ont été tués, la végétation de la savane africaine est en train de changer. C’est en tout cas ce que révèlent des chercheurs de l’Université d’Utah, qui ont étudié les isotopes conservés dans les dents d’hippopotames.

Il n’y a pas une, mais trois formes de photosynthèse – ce processus biologique essentiel qui exploite l’énergie de la lumière solaire en énergie chimique. Ces types sont connus sous les combinaisons C3, C4 et CAM.

Les graminées tropicales – les herbes des prairies tropicales africaines – sont des plantes en C4. Elles contiennent une enzyme unique qui traite le CO2 en sucres lors de la photosynthèse. En outre, les éléphants se nourrissent aussi de plantes C3, qui utilisent elles une enzyme différente, comme les arbres, arbustes, et diverses plantes à fleurs. Les deux classes de plantes, C3 et C4, sont donc en concurrence directe pour les ressources naturelles, y compris la lumière du soleil, et les mégaherbivores comme les éléphants agissent comme des jardiniers de la nature, maintenant un équilibre essentiel.

Depuis les années 1960, cependant, les populations d’éléphants ont chuté, ce qui a conduit à une avancée significative des plantes C3. Une tendance confirmée par une étude signée Kendra Chritz, de l’Université d’Utah. Les grands herbivores, tels que les hippopotames, mangent donc des plantes, et les signatures isotopiques de ces plantes ingérées se conservent dans les tissus durables, tels que des dents. En étudiant les isotopes de l’émail des dents d’hippopotames, les chercheurs ont alors pu retracer les changements passés dans la végétation des parcs nationaux africains. Les résultats nous donnent ainsi un aperçu de ce qui pourrait arriver aux prairies des savanes africaines si les éléphants, dont les populations sont en forte baisse, disparaissaient complètement.

« Nous avons une fenêtre sur ce à quoi ces environnements pourraient ressembler sans la présence des mégaherbivores. Et l’avenir est sombre», prévient Kendra Chritz.

En effet, les prairies sont un écosystème important en Afrique, qui accueille et abrite de nombreux animaux. Sans le contrôle des herbivore, les plantes C3 pourront alors avancer sur les prairies sans entrave. La chercheuse estime qu’un rétablissement des populations d’éléphants pourrait inverser la tendance. « Mais quand vous avez trop d’éléphants, ils peuvent aussi décimer les forêts de plantes C4″ dit-elle. «Il y a un équilibre à maintenir. Mais tant qu’il y aura du braconnage, il ne peut y avoir d’équilibre ».

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