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Découvrez le chant sinistre de la plate-forme glaciaire de Ross en Antarctique

Crédits : Wikmedia Commons.

Au cours d’une campagne de recherche en Antarctique, les instruments déployés pour étudier les processus d’instabilité des plates-formes de glace ont enregistré des ondes sonores de très basses fréquences. Une fois accélérées, ces dernières deviennent audibles pour l’oreille humaine et prennent l’allure d’une bande sonore qui trouverait bien sa place dans un film d’horreur.

En menant des recherches sur la dynamique de la plate-forme glaciaire de Ross située en Antarctique – la plus grande au monde -, les chercheurs ont repéré un phénomène assez singulier… Pour mieux évaluer la sensibilité de la barrière de glace à la hausse des températures atmosphériques et océaniques, ils y ont installé un réseau composé d’une trentaine de capteurs sismiques, placés à quelques mètres de profondeur dans la couche superficielle du substrat glacé. Les enregistrements ont démarré fin 2014 et se sont poursuivis jusqu’au début de l’année 2017. En analysant par la suite leurs mesures, les scientifiques ont remarqué que la plate-forme émettait constamment un chant. C’est ainsi qu’ils ont qualifié les ondes sonores détectées par les capteurs dans leur étude parue ce 16 octobre.

Ce son n’est pas directement audible par l’ouïe humaine, étant donné qu’il se situe dans des fréquences très basses de seulement quelques Hertz – caractéristiques des infrasons. Cependant, en accélérant l’enregistrement plus d’un millier de fois, il devient possible d’apprécier le chant de la barrière de glace. Il est caractérisé par des sonorités inquiétantes, d’aucuns diraient même lugubres – s’échappant des profondeurs froides et ténébreuses de l’Antarctique. S’il devait s’agir d’un chant réel, il serait très certainement associé à une thématique horrifique. Mais ceci reste une affaire d’appréciation, bien entendu. L’enregistrement est présenté dans la vidéo ci-dessous.

Laissons de côté l’aspect imaginaire pour revenir à quelque chose de plus terre à terre. Qu’est-ce qui donne naissance à ces fréquences ? Il s’agit en fait de l’effet du vent – très régulier et souvent violent dans la région – qui souffle sur la couche de neige ancienne et durcie située près de la surface. On parle plus justement de névé pour la caractériser, car elle est à un stade intermédiaire entre la neige au sens strict et la glace. Ce névé se déforme et glisse lentement sur le matériau plus solide situé en dessous, et forme des sortes de dunes qui offrent une apparence accidentée au paysage. L’interaction entre ces dernières et le flux d’air fait vibrer la partie supérieure de la barrière de Ross, donnant finalement naissance au chant. Les auteurs notent que les variations de la vitesse du vent et de la température modifient les caractéristiques du névé – via la formation ou la destruction de dunes – et altèrent en conséquence la hauteur des fréquences enregistrées.

Outre l’aspect insolite du phénomène, l’enregistrement de ces vibrations peut s’avérer très utile pour la surveillance d’une partie de la cryosphère, en particulier dans le contexte du réchauffement global, puisque les caractéristiques de ces fréquences sont dépendantes des variables climatiques. « Ces observations démontrent que la surveillance sismologique peut être utilisée pour surveiller en permanence les conditions proches de la surface d’une plate-forme glaciaire ainsi que d’autres amas de glace, jusqu’à des profondeurs de plusieurs mètres », indique l’étude.

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