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Découverte des plus anciens restes d’Homo Sapiens en Europe centrale

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Crédits : gorodenkoff/istock

Des scientifiques ont récemment fait une découverte étonnante qui remet en question notre compréhension des migrations humaines préhistoriques. Selon une nouvelle recherche, les premiers Homo sapiens ont en effet traversé les Alpes pour atteindre le nord de l’Europe il y a environ 45 000 ans, ce qui suggère une coexistence potentielle avec les Néandertaliens sur le continent pendant une période beaucoup plus longue que précédemment estimée.

Le Jerzmanowicien attribué à notre espèce

L’étude repose sur la découverte de treize fragments d’os appartenant à Homo sapiens dans la grotte de Ranis, en Allemagne, qui date d’il y a environ 44 000 à 47 500 ans. Ces restes, les plus anciens de notre espèce dans le nord-ouest de l’Europe, défient nos idées antérieures sur la chronologie de l’arrivée de nos ancêtres dans cette région.

L’analyse des artefacts provenant du Jerzmanowicien, un ensemble culturel archéologique datant de la transition entre Paléolithique moyen et Paléolithique supérieur en Europe, a en effet révélé que cette période complexe, caractérisée par le travail d’outils en pierre sophistiqués en forme de feuilles, n’était pas attribuée aux Néandertaliens tardifs comme on le pensait, mais à Homo sapiens. Ces outils sont similaires à ceux trouvés sur plusieurs sites en Moravie, en Pologne, en Allemagne et au Royaume-Uni.

Ces nouveaux travaux d’analyses révèlent également des détails fascinants sur le climat de l’époque. Les chercheurs ont en effet constaté que lorsque nos ancêtres occupaient la grotte, la région était soumise à des conditions climatiques très froides, avec des paysages de steppe ou de toundra similaires à ceux de la Sibérie contemporaine. Cette observation souligne la capacité des premiers Homo sapiens à prospérer dans des environnements hostiles bien plus tôt que prévu.

outils Ranis néandertaliens Homo Sapiens
Outils en pierre trouvés dans la grotte de Ranis. Crédits : Joséphine Schubert, Museum Burg Ranis, Licence : CC-BY-ND 4.0
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Fragment d’os humain provenant des nouvelles fouilles de Ranis. Crédits : Tim Schüler TLDA, Licence : CC-BY-ND

Homo sapiens en cohabitation avec Neandertal

Ces résultats suggèrent ainsi une révision des idées préconçues sur les migrations humaines. Plutôt qu’un remplacement rapide des Néandertaliens par Homo sapiens, les données indiquent que des petits groupes d’Homo sapiens ont progressivement colonisé le nord de l’Europe avant de remplacer complètement les Néandertaliens après plusieurs millénaires. Ce résultat concorde ainsi avec les données génomiques enregistrées au cours de ces dernières années qui suggèrent de nombreux croisements entre nos deux espèces.

Cette nuance dans notre compréhension souligne l’importance de considérer les dynamiques complexes à l’œuvre pendant la transition du Paléolithique moyen au supérieur. « Cela change fondamentalement nos connaissances antérieures sur cette période : l’Homo sapiens a atteint le nord-ouest de l’Europe bien avant la disparition de Neandertal dans le sud-ouest de l’Europe« , résume ainsi Jean-Jacques Hublin, ancien directeur de l’institut et professeur au Collège de France.

Les chercheurs espèrent poursuivre cette étude en examinant les restes de Néandertaliens pour détecter d’éventuels signes d’ADN d’Homo sapiens à l’intérieur. Ces futures recherches pourraient apporter de nouveaux éclaircissements sur la manière dont nous avons interagi avec nos anciens cousins, ce qui offrira ainsi un aperçu plus complet de notre histoire préhistorique.

Les détails de l’étude sont publiés dans Nature.