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Une dent découverte au Laos appartenait à une jeune fille de Denisova

Crédits : Fabrice Demeter

Une équipe annonce la découverte d’une ancienne molaire nichée au fond d’une grotte au Laos. La dent appartenait probablement à une jeune fille de l’espèce Denisova (cousine de l’Homme moderne) qui vivait il y a plus de 160 000 ans. Si les résultats se confirment, il s’agirait d’une preuve que cette mystérieuse lignée humaine évoluait également en Asie du Sud-Est.

Une lignée mystérieuse

Bien que les humains modernes (Homo sapiens) soient aujourd’hui les seuls membres survivants du genre Homo, nous savons que d’autres lignées vivaient autrefois sur Terre. Nos parents éteints les plus proches étaient Neandertal et l’Homme de Desinova.

Des recherches antérieures ont estimé que nos ancêtres se sont séparés de la lignée ayant donné naissance aux Néandertaliens et aux Dénisoviens il y a environ 700 000 ans. Les ancêtres des Néandertaliens et des Dénisoviens ont par ailleurs divergé il y a environ 400 000 ans. Cependant, l’analyse génétique des fossiles de ces lignées éteintes a révélé qu’elles restaient suffisamment proches pour se croiser avec les humains modernes.

Cela étant dit, de ces deux espèces cousines disparues, Desinova reste la plus mystérieuse. Et pour cause, nous manquons cruellement de restes fossiles. Trois molaires, un morceau d’auriculaire, deux fragments de crânes et une mandibule : telles étaient jusqu’à récemment les seules preuves de l’existence passée des Dénisoviens. Ces fossiles avaient été déterrés en Sibérie et en Chine. Il y a quelques mois, une équipe d’anthropologues annonçait également avoir fouillé trois nouveaux fossiles vieux de 200 000 ans, toujours en Sibérie.

Ce manque de fossiles laisse planer le doute quant à la répartition géographique de ces anciens cousins. Les restes découverts à ce jour provenaient tous d’Asie continentale, mais des preuves génétiques antérieures suggèrent que les habitants d’Océanie et des îles d’Asie du Sud-Est possèdent également l’héritage de Denisova, ce qui nous amène à cette étude.

Une molaire découverte au Laos

Dans la revue Nature Communication, une équipe annonce en effet avoir fouillé une nouvelle dent au Laos, en Asie du Sud-Est, susceptible d’avoir appartenu à Denisova. Les scientifiques ont découvert la dent en 2018 dans un site connu sous le nom de Cobra Cave. Vous retrouverez cette grotte calcaire dans les montagnes Annamites, à environ trente-quatre mètres au-dessus du sol. La dent était une molaire qui n’avait pas encore fait éruption du côté gauche de la mâchoire inférieure. D’après l’équipe, cela suggère qu’elle appartenait à un enfant d’environ 3,5 à 8,5 ans.

Pour estimer à quel moment le fossile s’est retrouvé dans la matière environnante, les chercheurs ont utilisé la datation par luminescence qui analyse depuis combien de temps les grains minéraux ont été exposés pour la dernière fois à la lumière du soleil. Ils ont également usé de la technique de datation radioactive basée sur le temps qu’il faut à certains éléments chimiques pour se désintégrer radioactivement. Combinées, ces deux techniques suggèrent que cette molaire aurait commencé à pousser il y a entre 131 000 et 164 000 ans.

molaire denisova
Différentes vues de la dent de la jeune fille. Crédits : Demeter, F. et coll. Nature Comunnications

Denisova ou pas Denisova ?

En analysant les protéines de l’émail de la dent, l’équipe a confirmé qu’elle appartenait au genre Homo. L’absence de protéines liées à un chromosome Y suggère également que la dent provient d’un spécimen féminin.

En comparant ensuite cette molaire aux dents d’autres homininés, les chercheurs ont découvert que sa structure 3D interne et externe ressemblait à celle des Néandertaliens, mais se situait légèrement en dehors de leur gamme connue de variation. La dent différait également de celle de l’homme moderne et d’Homo erectus. En revanche, les auteurs ont souligné une similitude physique étroite avec la dent d’un spécimen de Denisova découvert en Chine. D’après eux, cette jeune fille appartenait donc à la même espèce.

À en croire cette étude, il semblerait ainsi que les Dénisoviens n’étaient pas seulement adaptés aux hautes altitudes et aux climats froids, comme le suggéraient des études génétiques, mais qu’ils étaient également capables de s’adapter à des climats plus chauds et plus humides.