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Découverte : un homme du Moyen-Âge avec deux types de nanisme

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Crédits : Piotr Namiota

Sur le terrain d’un monastère médiéval en Pologne, des archéologues ont identifié les restes d’un homme âgé d’une quarantaine d’années atteint à son époque de deux formes de nanisme, dont une dysplasie très rare. Les détails de l’étude sont publiés dans l’International Journal of Osteoarchaeology.

Les dysplasies squelettiques sont un groupe de plus de 450 troubles héréditaires qui affectent les os et le cartilage, ainsi que les muscles, les tendons et les ligaments. Elles intègrent différentes formes de nanisme. Un individu peut également être affecté par une combinaison de dysplasies, impliquant des gènes qui interagissent au moins en partie dans des voies qui se chevauchent de la croissance et du développement osseux.

Dans les années 90, des chercheurs ont mené des fouilles dans un cimetière du XVe siècle situé dans le petit village de Łekno, dans le centre-ouest de la Pologne. À l’époque, ces derniers étaient tombés sur plusieurs centaines de sépultures, dont celle de l’homme qui nous intéresse aujourd’hui, étiqueté Ł3/66/90.

D’après la datation au carbone de son squelette, cet homme aurait vécu entre le IXe et le XIe siècle. Petit point surprenant : sa tombe était située sur un mur de la place forte, ce qui laisse toujours les anthropologues un peu perplexes. Comme le souligne Magdalena Matczak, principale auteure de ces nouveaux travaux, « de telles sépultures n’étaient pas pratiquées dans la Pologne médiévale« .

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Des archéologues déterrent des squelettes du cimetière du site de Łekno, en Pologne. Crédits : Piotr Namiota

Deux dysplasies, dont une très rare

En examinant plus attentivement le squelette récemment, Matczak et son équipe ont fait une autre découverte intrigante : l’homme avait développé deux formes de dysplasies squelettiques (deux formes différentes de nanisme).

Grâce à des modèles 3D, les chercheurs ont pu concentrer leurs travaux sur la forme anormale de plusieurs os. Tout d’abord, le crâne disproportionné de cet homme, des canaux étroits pour la moelle épinière, des côtes courtes et des os de la hanche évasés laissent à penser qu’il souffrait d’une achondroplasie. Les personnes concernées ont généralement des bras et des jambes très courts, un torse de taille moyenne et une tête plus grande que la moyenne.

Par ailleurs, sur la base de ses coudes tournés vers l’extérieur et de son palais dentaire haut et arqué, les chercheurs ont également déterminé que l’homme souffrait d’une maladie rare appelée dyschondrostéose de Léri-Weill (LWD). Cette maladie serait due à une haplo-insuffisance du gène contenant une séquence impliquée dans le contrôle de la taille (SHOX). On ne dénombre que quelques cas enregistrés jusqu’à présent dans les archives archéologiques. Il s’agit par ailleurs du premier cas d’achondroplasie et de LWD combinées de la période médiévale en Europe centrale.

Les chercheurs tentent encore de mieux comprendre la vie et la mort de cet homme du Moyen-âge. Selon que l’homme était un laïc ou un moine, sa vie pouvait varier considérablement en fonction de son affection génétique. Le monastère de la ville était à l’époque un lieu de plus grande inclusion pour les personnes physiquement différentes du monde séculier.

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.