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La plus ancienne tombe d’Homo Sapiens en Afrique est celle d’un enfant

Crédits : Fernando Fueyo

Il y a environ 78 000 ans, au fond d’une grotte de l’actuel Kenya, le corps d’un petit enfant d’environ trois ans a été soigneusement placé dans une tombe. Il y a quelques années, des chercheurs ont retrouvé sa dépouille. Celle-ci représente le plus ancien enterrement délibéré d’un humain moderne en Afrique.

En 2017, la minuscule tombe retrouvée au fond de la grotte Panga ya Saidi, au nord de Mombasa, était excavée pour être transportée en Allemagne, à Léna, toujours incrustée dans son bloc de sédiments. Dirigés par la paléoanthropologue Maria Martinón-Torres, Directrice du Centre national de recherche sur l’évolution humaine (CENIAH) à Burgos (Espagne), les chercheurs savaient que ce bloc de matières contenait des ossements.

Des mois d’analyses complexes, impliquant notamment l’utilisation de la tomodensitométrie (Micro-CT) pour l’examiner avec des rayons X et créer un modèle 3D détaillé de son contenu, ont finalement révélé le crâne et les os d’un petit Homo Sapiens. Ce petit homme, les scientifiques l’ont baptisé “Mtoto”, ce qui signifie “enfant” en swahili.

Un enterrement délibéré et très soigné

D’après les analyses, dont les résultats sont publiés dans Nature, Mtoto aurait été enterré dans la grotte il y a environ 78 300 ans, couché sur le côté droit en position fœtale. Son corps était enveloppé d’un matériau périssable (une sorte de linceul), en témoigne une compression forte du haut de son corps indiquant une enveloppe très serrée. Sa tête était également distinctement inclinée, ce qui suggère qu’elle a été placée sur un appui-tête qui a depuis lui aussi pourri.

En outre, les chercheurs n’ont isolé quasiment que des os provenant de la partie haute du corps. Les autres se sont entièrement décomposés.

Dans son étude, l’équipe souligne également qu’une fosse entourant le corps de l’enfant a bel et bien été creusée délibérément, montrant qu’il s’agissait d’un véritable enterrement et non d’une simple “mise en cache funéraire” d’un cadavre dans une niche disponible.

D’après les auteurs, l’inhumation de ce corps a sans doute eu lieu dans le contexte d’un rite funéraire élaboré auquel ont pu prendre part plusieurs individus.

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À gauche, une reconstruction virtuelle des restes retrouvés dans la grotte Panga ya Saidi. À droite, leur position lorsqu’ils ont été révélés dans le bloc de sédiments grâce à la tomographie microcalculée. Crédits : Jorge González / Elena Santos

La plus ancienne tombe d’Homo Sapiens en Afrique

Des sépultures anciennes de nos ancêtres ont bel et bien déjà été retrouvées, mais celle-ci est un peu particulière. C’est en effet la plus ancienne isolée en Afrique à ce jour d’après l’anthropologue Michael Petraglia. Deux autres exemples, l’un découvert à Taramsa, en Égypte, l’autre dans la Border Cave, en Afrique du Sud, paraissent également très anciens, mais ils ne sont pas datés assez précisément pour concurrencer Mtoto.

Enfin, même si la découverte de cet enfant semble attester des pratiques d’inhumation chez notre espèce à cette époque, les auteurs soulignent que l’absence de preuves plus anciennes n’implique pas nécessairement leur inexistence. Homo Sapiens pratiquait en effet peut-être ce type de rites il y 90 000, voire 100 000 ans.

Ces preuves peuvent avoir disparu ou peut-être ne sont-elles pas encore identifiées. Michael Petraglia souligne en effet que l’archéologie paléolithique est encore relativement récente en Afrique par rapport à l’Europe et à l’Asie, bien que l’Afrique soit la maison d’origine de notre espèce.

Cette nouvelle découverte confirme en tout cas que notre espèce disposait de capacités cognitives suffisantes pour penser et mettre en pratique ce type d’approche funéraire il y a au moins 80 000 ans.