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Des chercheurs ont fait une découverte clé dans la lutte contre l’obésité

Micrographie électronique à balayage colorée (SEM) d'un échantillon de tissu adipeux. Crédits : Steve Gschmeissner

Des chercheurs ont identifié une voie de communication jusqu’alors inconnue permettant à la graisse de communiquer directement avec le cerveau, du moins chez la souris. En éliminant cette connexion, les rongeurs ont brûlé plus de graisse. D’autres travaux sont nécessaires, mais la perturbation de ce réseau de communication pourrait peut-être un jour aider à traiter l’obésité chez les humains.

Nous savons depuis longtemps que le cerveau utilise les neurones du système nerveux sympathique pour demander au corps de brûler plus de graisse. Jusqu’à présent, les scientifiques pensaient en revanche que la communication inverse (de la graisse au cerveau) était moins directe, la graisse envoyant des messages au cerveau en libérant des hormones dans la circulation sanguine.

Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature montre que la graisse envoie également des messages au cerveau de manière directe en passant par des cellules nerveuses sensorielles appelées ganglions de la racine dorsale.

La graisse beige pour combattre l’obésité

Situés près de la moelle épinière, les ganglions de la racine dorsale (DRG) étendent de longs fils vers les organes périphériques. Les informations sensorielles recueillies sont ensuite envoyées au cerveau par la moelle épinière. Les chercheurs savent depuis longtemps que les DRG transportent les informations de la peau et des muscles vers le cerveau. Jusqu’à présent, il a en revanche toujours été difficile de déterminer quelles informations les neurones transmettaient des tissus adipeux vers le cerveau via les DRG en raison de la difficulté de visualiser ces neurones en action.

Finalement, des chercheurs ont trouvé un moyen de le faire. Dans le cadre de ces travaux, le neuroscientifique Li Ye et son équipe, du Scripps Research Institute à La Jolla (Californie), ont marqué par fluorescence les neurones DRG étendus dans le tissu adipeux de plusieurs souris. En utilisant un système précédemment développé pour voir à travers les tissus animaux, les chercheurs ont pu observer l’action des DRG depuis leurs origines près de la moelle épinière jusqu’aux coussinets adipeux.

Pour rappel, la graisse se décline en plusieurs couleurs selon la façon dont le corps l’utilise. La brune brûle par exemple pour générer de la chaleur. La blanche est quant à elle principalement stockée (c’est elle que vous voulez voir disparaître). Enfin, la beige se place entre les deux. Lorsque le corps a besoin de brûler plus de graisse, ces tissus adipeux peuvent se muer en graisse brune dans le but de générer de la chaleur. Lorsque le corps n’a pas besoin d’en brûler, la graisse beige devient blanche et se retrouve donc stockée.

Ces tissus adipeux sont donc plus « dynamiques » que les autres. Pour cette raison, les chercheurs pensent qu’ils pourraient jouer un rôle important dans les problèmes d’obésité. Pour cette étude, l’équipe s’est donc focalisée dessus.

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Crédits : Pixabay / jarmoluk

Couper « les freins de la voiture »

Au cours de leurs expériences, les chercheurs ont supprimé les neurones DRG qui se connectaient à cette graisse beige au moyen d’un virus. Résultat : les gènes liés à la production de graisse et à la génération de chaleur se sont intensifiés. Autrement dit, les souris ont brûlé plus de graisse. Leur graisse beige est également devenue plus brune, signe que la température des rongeurs avait augmenté.

Une manière de mieux se rendre compte du processus est d’imaginer l’analogie suivante. Si le corps est une voiture et la graisse, le carburant, le système nerveux sympathique agit alors comme la pédale d’accélérateur demandant au corps de brûler plus de carburant (donc plus de graisse). À l’inverse, le système de communication graisse-cerveau nouvellement découvert semble fonctionner comme une pédale de freinage, agissant en opposition à la pédale d’accélérateur du système nerveux sympathique. Ici, les chercheurs ont donc coupé les freins, ce qui a favorisé la combustion des graisses.

Les chercheurs émettent l’hypothèse que ce « système de freinage » indique au cerveau la quantité de graisse brûlée, s’assurant au passage que le corps n’en brûle pas trop. Ce ne sont que des travaux préliminaires, mais il serait intéressant de voir si un tel processus pourrait être à l’œuvre chez l’Homme et, si tel est le cas, si ce processus pourrait être manipulé dans l’espoir d’aider éventuellement les personnes obèses à perdre du poids.