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Dans nos estomacs, ces bactéries deviennent elles aussi résistantes aux antibiotiques

Crédits : Yutaka Tsutsumi - Wikimedia Commons

En Europe, les souches de bactéries Helicobacter pylori ont doublé leur taux de résistance aux antibiotiques au cours des 20 dernières années. Et bien évidemment, ce n’est pas une bonne nouvelle.

Son nom ne vous dit peut-être rien, mais Helicobacter pylori est une bactérie assez commune retrouvée chez 50 % des humains. Si beaucoup ne remarqueront jamais sa présence, il faut savoir que cette bactérie infecte la muqueuse gastrique de dizaines de millions de personnes chaque année dans le monde. Elle favorise ainsi le développement d’ulcères et de cancers de l’estomac.

Pour la combattre, les médecins prescrivent des antibiotiques et des médicaments visant à réduire la production d’acide gastrique. Ces traitements ont été efficaces, mais à force de les utiliser, Helicobacter pylori s’y est habituée. Et elle semble depuis quelques années développer une résistance.

C’est en effet la conclusion d’une récente étude présentée il y a quelques jours lors de la conférence annuelle de la United European Gastroenterology.

Un taux de résistance doublé en 20 ans

Pour ces travaux, Francis Megraud et son équipe, de l’Université de Bordeaux, ont comparé plus de 1 200 échantillons de bactéries prélevés auprès de patients par des médecins de 18 pays européens entre 1998 et 2018. L’objet de cette recherche consistait à suivre l’évolution de la résistance de cette bactérie à trois antibiotiques couramment utilisés : la clarithromycine, la lévofloxacine et le métronidazole.

De manière générale, les chercheurs ont constaté que 9,9 % des échantillons prélevés en 1998 présentaient une résistance aux traitements. En 2018, 20 ans plus tard, plus de 21 % des échantillons étaient résistants. L’Italie et la Croatie sont les deux pays les plus touchés. Avec plus d’un tiers des souches de H. pylori résistantes aux antibiotiques.

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Helicobacter pylori au microscope électronique. Crédits : Wikipédia

Besoin de nouvelles approches

« Avec cette résistance aux antibiotiques qui augmente à un taux alarmant de près de 1 % par an, les options de traitement pour H. pylori deviendront progressivement limitées et inefficaces si de nouvelles stratégies ne sont pas développées, prévient le chercheur. L’efficacité réduite des traitements actuels pourrait donc maintenir les taux d’incidence élevés de cancer gastrique et d’autres affections telles que l’ulcère gastroduodénal ».

Soulignons par ailleurs que le Danemark et la Norvège ont présenté de leur côté un taux de résistance à la clarithromycine exceptionnellement bas. Ceci pourrait s’expliquer par le fait que ces deux pays ont depuis longtemps engagé des politiques décourageant l’utilisation inutile d’antibiotiques. Notamment chez les animaux d’élevage. Ils devraient donc être les exemples à suivre.

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