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La dague en « métal extraterrestre » de Toutankhamon, plus intéressante qu’on ne le pensait

Crédits : Daniela Comelli

De récentes analyses révèlent de nouveaux détails sur l’origine du poignard découvert dans la tombe du roi Toutankhamon, dont la lame a été forgée à partir d’une météorite. Les détails de l’étude sont rapportés dans la revue Meteoritics and Planetary Science.

Le roi Toutankhamon (-1345/-1327), fils du célèbre pharaon Akhenaton, devint le onzième pharaon de la XVIIIe dynastie du Nouvel Empire d’Égypte à l’âge de neuf ans. Il mourut une décennie plus tard. Son règne fut donc très court. Pourtant, Toutankhamon fascine toujours autant depuis la découverte par des archéologues britanniques de son tombeau en 1922.

La tombe de Toutankhamon (ou du roi Tut en abrégé) était remplie d’objets précieux chargés d’accompagner le souverain dans son voyage vers l’au-delà. Parmi ces artéfacts figuraient deux dagues : l’une presque entièrement en or, l’autre en métal avec une poignée et un fourreau en or. Ce deuxième poignard déroutait un peu à première vue dans la mesure où à l’époque du pharaon, les humains n’étaient encore qu’à l’âge du bronze. Les artisans n’avaient pas encore perfectionné les méthodes nécessaires pour travailler le minerai de fer.

Une origine météorique

Des enquêtes ultérieures effectuées avec des outils analytiques modernes ont permis de constater que ce poignard avait en fait été forgé à partir d’une météorite plutôt qu’à partir de gisements de minerai de fer inaccessibles. On apprit plus tard que tout le fer utilisé à l’âge du bronze était en réalité d’origine météorique.

Pour mieux comprendre l’origine du poignard du Roi Tut, des chercheurs de l’Institut de technologie de Chiba, au Japon, ont mené de nouvelles analyses chimiques non invasives de l’artéfact au moyen de rayons X. L’analyse a révélé de plusieurs éléments, dont le fer, le nickel, le manganèse et le cobalt, mais aussi du soufre, du chlore, du calcium et du zinc.

Une composition élémentaire similaire avait été rapportée par des études précédentes. En revanche, les chercheurs ont ici également souligné une texture hachurée, connue sous le nom de motifs de Widmanstätten, des deux côtés de la dague. Ces modèles ont une structure chimique compatible avec les octaédrites, le groupe le plus grand et le plus commun de météorites de fer. La plupart de ces roches proviennent de la ceinture d’astéroïdes, entre les orbites de Mars et Jupiter.

En outre, ces motifs font également allusion à la façon dont la météorite a été traitée par les anciens Égyptiens. La texture hachurée ainsi que la présence de sulfure de fer suggèrent que le poignard a été forgé à basse température, probablement sous 950 °C.

Toutankhamon
Dieter Hawlan, Fotolia

Un héritage familial ?

Plus intrigant, ce poignard extraterrestre n’aurait pas été forgé spécifiquement pour Toutankhamon. Après quelques recherches, les chercheurs sont en effet tombés sur des mentions d’un poignard en fer dans un fourreau d’or ayant été offert au pharaon Amenhotep III, le grand-père de Toutankhamon, par le roi du Mitanni, un ancien royaume de la région d’Anatolie (extrémité occidentale de l’Asie), à l’occasion de son mariage. Étant donné que les outils en fer étaient extrêmement rares à cette époque, sans parler d’un poignard destiné à un pharaon, il y a donc de fortes chances que celui de Toutankhamon lui ait été transmis comme un héritage familial.