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Et si Curiosity n’avait finalement pas atterri sur le lit d’un ancien lac martien ?

Une vue sur le cratère Gale signée Curiosity. Crédits : NASA

Depuis 2012, le rover Curiosity arpente le cratère Gale, susceptible d’avoir abrité un grand lac il y a plusieurs milliards d’années. Dans ce milieu anciennement aqueux, l’objectif principal de sa mission était de sonder le potentiel d’habitabilité de la planète Mars. Toutefois, nous pourrions avoir eu tort.

9 ans sur Mars pour Curiosity

Il y a quelques jours, Curiosity fêtait ses neuf ans sur la planète rouge. Le rover évolue à l’intérieur du cratère Gale, de nombreux scientifiques suggérant que la structure abritait un ancien lac il y a plus de trois milliards d’années. Au cours de sa longue mission, Curiosity a effectué de nombreux relevés et pris énormément de photos. Jusqu’à présent, toutes ces données analysées laissaient à penser que les chercheurs avaient vu juste, en témoignent les nombreux sédiments en couches de la formation Murray et du mont Sharp, au centre du cratère, visiblement formés à partir de l’eau de fonte, déposant du sable et du limon au fond.

Une étude récente publiée par une équipe du Département des sciences de la Terre de l’université de Hong Kong renverse aujourd’hui cette idée. Leurs travaux, publiés dans Science Advances, proposent en effet que les sédiments mesurés par le rover pendant la majeure partie de la mission ne se soient pas réellement formés dans un lac, mais à partir de sable et de limon transportés par le vent. D’après leurs analyses, de l’eau serait toujours impliquée, mais en moindre quantité, probablement sous forme de pluies acides. Toute cette eau se serait alors accumulée dans des lacs, mais ces derniers auraient probablement été beaucoup plus petits et moins profonds que ce qui avait été théorisé.

Un environnement humide sous une atmosphère réductrice

Le point clé est que certains éléments sont dits mobiles (ils peuvent être facilement dissous dans l’eau) quand d’autres sont dits immobiles (indissolubles). Qu’un élément soit mobile ou immobile dépend non seulement du type d’élément, mais également des propriétés du fluide avec lequel il interagit (acide, salin, oxydant, etc.).

Ce que montrent ces travaux, c’est que les éléments immobiles sont corrélés les uns aux autres et fortement enrichis à des altitudes plus élevées dans le profil rocheux. D’après les auteurs, cela suggère une altération descendante. Si ces roches s’étaient formées dans un environnement lacustre, ces éléments se ressembleraient au fond (non plus en haut, mais en bas). De plus, ces travaux soulignent que le fer s’épuise à mesure que l’altération augmente, ce qui signifie que l’atmosphère de l’époque était réductrice (exempte de dioxygène), et non oxydante.

« Leurs données remettent en question les hypothèses existantes concernant à la fois l’environnement de dépôt de ces formations rocheuses uniques et les conditions atmosphériques dans lesquelles elles se sont formées« , résume le Dr Ryan McKenzie, de la même université. « Plus précisément, les auteurs montrent des preuves de processus d’altération sous une atmosphère réductrice dans un environnement subaréal semblable à un désert, plutôt que de formation dans un environnement lacustre aqueux« .

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Images du cratère Gale prises par l’orbiteur Mars Express; à gauche le modèle de grand lac théorisé au départ; à droite le nouveau modèle théorisé. Crédits : ESA/HRSC/DLR

Naturellement, il reste difficile d’établir un diagnostic précis et sans appel sur des roches analysées à des dizaines de millions de kilomètres de distance. Néanmoins, cela vaut la peine de s’interroger. Ces  travaux pourraient en effet aider à dresser une meilleure image de l’ancienne Mars et, par extension, de l’ancienne Terre également.