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Des crocodiles ont nagé d’Afrique vers les Amériques

Crédits : DAWID A. IURINO

Il y a des millions d’années, des crocodiles d’Afrique se sont lancés dans un voyage épique à travers l’océan Atlantique. Débarqués en Amérique du Sud, ils ont finalement cédé la place à de nouvelles lignées de reptiles préhistoriques.

De nouvelles analyses d’un crâne vieux d’environ sept millions d’années – appartenant à l’ancienne espèce Crocodylus checchiai – suggèrent que des crocodiles ont voyagé d’Afrique vers les Amériques il y a des millions d’années, rapporte une étude publiée dans Scientific Reports.

Déterré dans les années 1930, ce fossile, découvert dans l’actuelle Libye, avait depuis été conservé dans un musée. Grâce à la tomodensitométrie, les scientifiques ont récemment pu l’analyser en détail. Ces travaux ont révélé des caractéristiques anatomiques étroitement liées à celles développées par les quatre espèces de crocodiles américains vivant aujourd’hui.

« Il ressemble vraiment à un vrai crocodile américain, sauf qu’il vient d’Afrique », résume finalement Massimo Delfino, paléo-herpétologue à l’Université de Turin en Italie.

Un “chaînon manquant” dans l’histoire des crocodiles

Des analyses génétiques précédentes avaient déjà lié le crocodile du Nil à ses parents américains. Bien que les scientifiques soupçonnaient que ces reptiles avaient colonisé il y a longtemps l’un des deux continents avant de se rendre dans l’autre, les archives fossiles ne permettaient pas jusqu’à présent de déterminer le véritable “point de départ”.

En ce sens, cette nouvelle étude nous permet d’y voir un peu plus clair. Ce spécimen de C. checchiai est en effet plus vieux de deux millions d’années que le plus ancien crocodile américain (environ cinq millions d’années).

Et si les caractéristiques structurelles de son crâne placent C. checchiai à la base de la branche de ces crocodiles du Nouveau Monde, les chercheurs soulignent que l’animal était également un proche parent du crocodile du Nil.

En conséquence, le fossile nouvellement décrit « comble un vide entre le crocodile du Nil en Afrique et les quatre espèces américaines existantes », souligne Massimo Delfino. C. checchiai serait donc un “chaînon manquant”, faisant le lien entre plusieurs espèces ayant évolué sur deux continents différents.

Si l’on en croit cette étude, un groupe de crocodiles – ou au moins une femelle enceinte – auraient ainsi fait un voyage transatlantique de l’Afrique vers les Amériques il y a entre sept et cinq millions d’années. Il est possible que ces derniers appartenaient à l’espèce C. checchiai, ou peut-être représentaient-ils une autre espèce proche.

« Ce n’est finalement pas très surprenant, note le chercheur, étant donné la capacité des crocodiliens d’aujourd’hui à survivre en eau salée et à parcourir des centaines de kilomètres lorsqu’ils sont aidés par les courants océaniques ». Soulignons qu’à l’époque, les deux continents étaient aussi éloignés qu’ils le sont aujourd’hui.

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Le crâne de Crocodylus checchiai analysé dans l’étude. Crédits : Bruno Mercurio

Des primates aussi ont fait le voyage

Ce n’est pas la première fois que des chercheurs émettent l’hypothèse que des animaux anciens puissent effectuer de tels voyages. Nous savons en effet qu’il y a entre 35 et 40 millions d’années, les ancêtres des singes sud-américains modernes sont arrivés une première fois dans le Nouveau Monde, flottant à travers l’océan Atlantique sur des tapis de végétation.

D’ailleurs, selon une récente étude, ils n’ont pas été les seuls à le faire. Quatre nouvelles dents fossilisées découvertes dans les profondeurs de l’Amazonie péruvienne suggèrent en effet qu’une autre famille de primates a effectué la même traversée quelques millions d’années plus tard.

En revanche, le monde était très différent à leur époque. C’est en effet durant cette période que s’est produite la Grande Coupure Éocène-Oligocène, qui a favorisé la formation de la calotte glaciaire de l’Antarctique. De ce fait, le niveau marin a considérablement baissé, de quoi faciliter les communications entre les continents africain et sud-américain. Et donc le mélange d’espèces.

Ainsi, les singes ont probablement parcouru moins de 1500 km en mer à cette époque, se laissant flotter au gré des courants.