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Un crâne d’hominidé vieux de deux millions d’années découvert en Afrique du Sud

Crédits : Université La Trobe

Un nouveau crâne découvert dans une grotte sud-africaine suggère que Paranthropus robustus, un ancien cousin humain, est passé par un processus de microévolution pour s’adapter aux changements de son environnement.

Nous sommes en juin 2018. Samantha Good, étudiante en anthropologie à l’Université de l’île de Vancouver (Canada), travaille sur une excavation dans le système de grottes de Drimolen, en Afrique du Sud. Soudain, elle tombe sur une dent. Intéressée, elle continue alors de creuser et tombe sur deux autres dents et un morceau de palais osseux. Elle alerte alors sa responsable, Angeline Leece, paléoanthropologue à l’Université La Trobe de Melbourne (Australie), qui constate la découverte. “Je pense que ma respiration s’est arrêtée pendant une seconde“, explique-t-elle.

Et pour cause, son étudiante était en train de déterrer les restes d’un crâne vieux de deux millions d’années de l’espèce Paranthropus robustus, notre ancien cousin humain connu pour ses “grandes dents” et son “petit cerveau”. Minutieusement reconstruit, ce crâne (sujet mâle) est le plus ancien et le mieux préservé trouvé à ce jour pour cette espèce qui évoluait à son époque avec Homo erectus, considéré comme un ancêtre direct d’Homo sapiens.

En outre, son analyse laisse à penser que cet ancien cousin a essuyé plusieurs facteurs de stress environnementaux qui ont entraîné sa microévolution. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Nature Ecology & Evolution.

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Un buste de Paranthropus robustus. Source : Humanorigins

Un crâne qui dénote

Plusieurs crânes de spécimens mâles P. robustus ont déjà été retrouvés dans une grotte à proximité (Swartkran). Tous étaient environ 200 000 ans plus jeunes que ce nouveau spécimen. D’un autre côté, jusqu’à présent, seuls des crânes femelles avaient été retrouvés dans le système de grottes de Drimolen. Nous pensions alors que seuls les mâles vivaient à Swartkrans, tandis que les femelles vivaient à Drimolen. En outre, il apparaissait que les mâles avaient des crânes plus imposants que ceux des femelles.

Toutefois, ce nouveau fossile étiqueté sous le nom de DNH 155 change la donne. En effet, il a d’une part été retrouvé dans les grottes de Drimolen. Et d’autre part, il présente la même taille que ceux des femelles retrouvées dans le même environnement. En réalité, “il semblerait qu’il y ait eu des mâles et des femelles à Drimolen, des mâles et des femelles à Swartkrans et que ceux de Drimolen étaient globalement plus petits“, résume ainsi Angeline Leece.

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Excavation du fossile DNH 155. Crédits : Andy Herries, Université de La Trobe

Une forme antérieure de l’espèce

En plus d’être plus petit que ceux des mâles P. robustus qui vivaient à Swartkrans, le crâne du DNH 155 indiquait que ses muscles à mâcher n’étaient également pas aussi forts que les leurs. D’après Jesse Martin, coauteur de cette étude, ces différences laissent à penser que le spécimen DNH 155 était plus petit, car il représentait une forme antérieure de l’espèce, appartenant à une population différente qui n’avait pas encore été soumise aux pressions environnementales qui favoriseraient des tailles de crânes plus grandes et des muscles de la mâchoire plus forts.

Selon les chercheurs, de tels changements morphologiques sont en effet probablement le résultat de l’adaptation de P. robustus à un climat changeant. À cette époque, l’Afrique du Sud, alors humide et luxuriante, commençait à proposer des conditions plus sèches et plus arides. Aussi, les membres de cette espèce ont évolué de manière à pouvoir se nourrir de plantes plus coriaces.