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Covid : le virus peut-il vraiment “survivre 28 jours” sur certaines surfaces ?

Crédits : Myriams-Fotos/pixabay

Une étude de l’agence scientifique nationale australienne (CSIRO) montre que dans un milieu sombre et à température ambiante, le virus pouvait survivre jusqu’à 28 jours sur des surfaces lisses. Certains chercheurs tempèrent néanmoins ces résultats.

Alors que la situation sanitaire continue de se dégrader dans le monde, les chercheurs continuent d’étudier le Sars-CoV-2, à l’origine de la pandémie, dans le but de mieux l’appréhender. Côté transmission, nous avons récemment appris que le coronavirus peut non seulement être transporté par gouttelettes émises par la toux et les éternuements, mais également être transmis par les plus fines particules respiratoires (aérosols) capables de rester en suspension dans l’air pendant plusieurs minutes.

Pour autant, est-ce les deux seules voies de transmission possibles ? Non, répond une étude, nous invitant à garder un oeil attentif sur ce que nous touchons.

Jusqu’à 28 jours sur certaines surfaces

Dans le cadre de ces travaux, des chercheurs de l’agence scientifique nationale australienne (CSIRO) ont pris une souche de SRAS-CoV-2 et l’ont suspendue dans une solution conçue pour imiter le mucus humain. La concentration finale de virus dans ce “faux mucus” était de 4,97 × 10 7 / ml, soit autant que la quantité de virus présente dans le mucus d’un patient COVID-19 avec une charge virale élevée.

Les chercheurs ont ensuite laissé sécher le mucus sur des surfaces en acier inoxydable, en verre (comme ceux de nos téléphones), en vinyle, en coton, en polymère et en papier à trois températures différentes : 20°C, 30°C et 40°C et sans exposition à la lumière. Ils ont finalement prélevé ce mucus à plusieurs intervalles : une heure, 1, 3, 7, 14, 21 et 28 jours après l’inoculation.

Ils ont alors découvert qu’à 20°C, le Sars-CoV-2 peut survivre jusqu’à 28 jours sur du verre, de l’acier et des billets en polymère. Cette durée chute à sept jours à une température de 30°C et 24h à 40°C. Le virus a en revanche survécu moins longtemps sur le coton, plus poreux : jusqu’à quatorze jours à 20°C et moins de 16h à 40°C.

Pour rappel, une étude précédente avait suggéré que le coronavirus pouvait survivre jusqu’à trois jours sur des surfaces non poreuses. En réalité, la durée de vie de l’agent pathogène pourrait donc être nettement plus longue. “Pour le contexte, des expériences similaires pour la grippe A ont montré que ces virus pouvaient survivre sur des surfaces pendant 17 jours, ce qui montre à quel point le SARS-CoV-2 est résistant“, souligne Debbie Eagles, coauteure de l’étude.

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Le mucus artificiel séché sur verre, 24h après l’application. Crédits : CSIRO

Des limites à l’étude

Interrogé sur la chaîne ABC, le directeur du Centre de prévention des maladies Trevor Drew a néanmoins tempéré ces résultats. Le chercheur souligne en effet que ces recherches ont été menées avec des niveaux fixes de virus, correspondant probablement au pic d’une infection et en l’absence d’exposition à une lumière ultraviolette. Or, nous savons que celle-ci peut altérer le virus.

En outre, la quantité de virus capable d’infecter une culture tissulaire après 28 jours était tout de même considérablement réduite par rapport à l’échantillon initial. Or, nous ne savons pas si cette quantité serait suffisante pour infecter une nouvelle personne.

Le spécialiste des voies respiratoires supérieures de l’Université de Cardiff, Ron Eccles, est du même avis. Il rappelle notamment que le fait de ne pas avoir utilisé de vrai mucus dans le cadre de cette étude est également un vrai problème, dans la mesure où le vrai mucus contient des enzymes qui briserait le normalement virus.

Selon lui, la conclusion selon laquelle le virus peut survivre pendant 28 jours pourrait donc provoquer une “peur inutile” chez le public. “À mon avis, les virus infectieux ne persistent pas plus de quelques heures“, a-t-il déclaré à la BBC.

Quand bien même, “si effectivement le rôle précis de la transmission de surface, le degré de contact de surface et la quantité de virus nécessaire pour l’infection restent à déterminer, il reste essentiel de déterminer pendant combien de temps ce virus reste viable sur les surfaces pour développer des stratégies d’atténuation des risques dans les zones de contact élevé“, se défend Debbie Eagle.