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Des milliers de requins devront peut-être mourir dans la lutte contre le Covid-19

Crédits : baechi/pixabay

Les écologistes craignent que la lutte contre le COVID-19 ne dévaste les populations de requins dans le monde, déjà fragilisées. Un certain nombre de sociétés pharmaceutiques utilisent en effet du squalène, extrait du foie de ces poissons, dans le développement de leurs vaccins.

Afin de se mouvoir dans l’eau tout en dépensant un minimum d’énergie, les poissons doivent être maîtres de leur flottabilité. Pour ce faire, les cartilagineux comme les requins ont développé un foie surdimensionné composé de plusieurs lobes et gorgé de graisses qui abaissent le poids spécifique du corps. Parmi ces huiles figure notamment un acide gras baptisé “squalène”.

Connu pour ses propriétés hydratantes, ce composé est couramment utilisé pour produire des cosmétiques et des écrans solaires. Mais rappelons que le squalène est également utilisé dans certains vaccins comme “adjuvant”. Autrement dit, comme agent pharmacologique permettant d’augmenter la force de certains médicaments en stimulant la réponse immunitaire des receveurs.

Des milliers de requins sacrifiés ?

Au 29 septembre, environ 17 vaccins sur les 176 actuellement en pleine évaluation clinique et préclinique utilisaient des adjuvants. Et sur cet échantillon, cinq adjuvants vaccinaux sont à base de squalène.

L’un d’eux – le MF59 – contient environ 9,75 milligrammes de squalène par dose, précise Katie Camero pour le Miami Herald. À noter que cet adjuvant a été utilisé pour lutter contre le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) et le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère).

Si cet adjuvant était utilisé dans un vaccin produit pour traiter l’ensemble de la planète contre le Covid-19 avec une seule dose, près de 250 000 requins devraient alors être tués, estime l’organisation à but non lucratif Shark Allies. Si deux doses de vaccin étaient nécessaires, ce qui n’est pas impossible, près d’un demi-million de requins devront donc être sacrifiés.

Pour Stefanie Brendl, fondatrice et directrice exécutive de Shark Allies, cette possible future dépendance de la population mondiale à l’égard du squalène pourrait avoir un impact énorme sur les populations de requins, dont beaucoup sont déjà menacées par la surpêche et le commerce des ailerons.

L’industrie du squalène tue déjà environ trois millions de requins chaque année, selon l’organisation à but non lucratif. Les requins-marteaux, les grands blancs et les requins baleines font partie des espèces les plus ciblées, mais ils ne sont pas les seuls. Les requins évoluant en grandes profondeurs, qui développent de ce fait des foies plus gros, sont également très recherchés.

Le problème, c’est que ces poissons font peu de petits, et sont très lents à grandir. C’est pourquoi ils n’arrivent pas à compenser les pertes dues aux activités humaines.

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Crédits : Lekies/pixabay

Se tourner vers des alternatives

Shark Allies n’exige évidemment pas que les sociétés pharmaceutiques ralentissent ou stoppent leurs travaux. En revanche, elle souligne le besoin de réfléchir à des alternatives non animales, telles que la levure, les bactéries, l’huile d’olive ou la canne à sucre, qui ont des niveaux de succès variables en tant qu’adjuvants.

Ces options sont en revanche plus chères (jusqu’à 30%), et le processus d’extraction du squalène prend plus de temps. Stefanie Brendl rappelle néanmoins que les bénéfices des sociétés pharmaceutiques, inhérents à la vente de ces futurs vaccins, seront considérables. Aussi «il est raisonnable de leur demander de commencer à réfléchir à une production fiable et durable de ces traitements».