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Covid-19 : que dit la première étude séro-épidémiologique en France ?

Crédits : fernandozhiminaicela/pixabay

Fin mars 2020, 661 personnes reliées à un lycée de Crépy-en-Valois (Oise) ont fait l’objet d’une étude épidémiologique et sérologique menée par les chercheurs de l’Institut Pasteur dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Quels enseignements peut-on tirer ?

Les résultats de la toute première étude séro-épidémiologique en France viennent d’être publiés. Dirigée par l’institut Pasteur, avec le soutien de l’ARS des Hauts-de-France et de l’Académie d’Amiens, et avec l’appui de l’Etablissement Français du Sang, elle a été menée dans le département de l’Oise, fortement touché par COVID-19 début 2020. Le but : établir précisément la part de personnes touchées par le Covid-19.

Dans le cadre de ces travaux, menés entre le 30 mars et le 4 avril, 661 personnes reliées à un lycée de Crépy-en-Valois (élèves, leurs parents et frères et soeurs, ainsi que des enseignants et des non-enseignants), ont rempli un questionnaire couvrant les antécédents de fièvre et / ou de symptômes respiratoires depuis le 13 janvier 2020. Des tests sanguins ont également été effectués pour détecter la présence d’anticorps.

Vacances scolaires et confinement, freins à l’épidémie

Les résultats de cette étude, publiés ce jeudi, nous révèlent que 26 % de la population étudiée a été infectée par le SARS-CoV-2 et possède des anticorps contre ce virus. Plus précisément, parmi les personnes ayant fréquenté le lycée, le taux d’attaque était de 41%, tandis que parmi les proches des lycéens, le taux d’attaque était de 11%. Seulement 5,3% de ces personnes ont été hospitalisées.

On apprend également que le taux de pénétration du virus était similaire chez les femmes et les hommes, et que les vacances scolaires débutées le 14 février, associées aux mesures de confinement mises en place à Crépy-en-Valois dès le 1er mars, ont permis de considérablement freiner la propagation du virus.

Dans l’ensemble, les résultats de cette étude ont des implications importantes pour les mesures de santé publique et le suivi de l’épidémie, a commenté Arnaud Fontanet, responsable de l’unité Epidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur. Malgré tout, “les taux d’attaque observés parmi les participants de l’étude suggèrent que l’immunité collective ne s’établira pas rapidement“. D’autant que le virus n’a pas autant circulé dans d’autres régions de France.

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Crédits : geralt/pixabay

Fumeurs et non-fumeurs

Les chercheurs ont également relevé que le taux de pénétration du virus avait varié entre les fumeurs et les non-fumeurs, comme le suggèrent également d’autres études. Environ 28% des non-fumeurs de la cohorte ont été infectés, contre seulement 7,2% des fumeurs.

Selon certains chercheurs, la tendance pourrait avoir un lien avec la nicotine. Cependant, Santé publique France rappelle que le tabagisme ne doit pas être considéré comme une façon de se protéger contre le nouveau coronavirus. Ce mardi, le Directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a également appelé les Français à ne pas utiliser de patch de nicotine s’ils ne sont pas eux-mêmes fumeurs. “Ceux qui ne fument pas ne doivent absolument pas en utiliser, car il existe beaucoup d’effets secondaires: vomissements, malaises, et addictions“, a-t-il souligné.

Par ailleurs, un arrêté publié ce vendredi au Journal officiel indique que le vente de “spécialités contenant de la nicotine et utilisées dans le traitement de la dépendance tabagique” est désormais “limitée au nombre de boîtes nécessaire pour un traitement d’une durée de un mois” jusqu’au 11 mai. Le texte précise que “le nombre de boîtes dispensées est inscrit au dossier pharmaceutique, que le patient ait ou non présenté une ordonnance médicale“. Par ailleurs, le vente sur internet des produits à base de nicotine est “suspendue“.

Ceci étant dit, comprendre comment le tabagisme protège du Covid-19 pourrait ouvrir la voie vers des pistes de traitement préventif ou curatif du Covid-19, rappelle l’Institut Pasteur.

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