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Covid-19 : quand la réponse immunitaire s’emballe

Crédits : PIRO4D/Pixabay

Il arrive parfois que le système immunitaire de certains patients durement touchés par le Covid-19 se dérègle et s’emballe. Or, ce phénomène encore incompris qui aggrave finalement leur état de santé laisse les médecins démunis.

Pour environ 80% des patients, le Covid-19 provoque des symptômes « modérés » (fièvre, sensation de fatigue ou toux sèche). En revanche, les 20% restants sont atteints d’une forme sévère de la maladie. Ils développent alors une pneumonie qui s’accompagne d’une insuffisance respiratoire. Stimulé par la présence des agents pathogènes, notre organisme entre alors en jeu. Son objectif : inonder nos poumons de cellules immunitaires afin de limiter les dégâts et réparer le tissu pulmonaire.

Parmi ces « petits soldats » figurent des molécules appelées cytokines dont le but est d’organiser la lutte contre l’agresseur. En temps normal, ce processus inflammatoire est mené avec précision, et la contre-attaque ne se limite qu’aux régions infectées. Mais il peut arriver, face à la virulence particulièrement forte d’un virus, que le corps s’emballe et se mette à produire beaucoup plus de cytokines que nécessaire.

« Choc cytokinique »

Dans ce cas de figure, les « soldats » déployés détruisent alors tout sur leur passage, y compris les tissus sains. « Au lieu de viser une cible avec un fusil, c’est comme si vous utilisiez un missile », explique au National Geographic Angela Rasmussen, virologue et chercheuse associée au sein de la Columbia University Mailman School of Public Health. En réagissant de manière démesurée, notre système immunitaire peut ainsi aggraver l’état des patients concernés.

Ce phénomène, appelé « orage », « tempête » ou encore « choc » cytokinique, a été observé chez plusieurs patients gravement atteints par le nouveau coronavirus. Il a même fait l’objet d’une étude publiée le 16 mars dans la revue médicale The Lancet.

On ne connaît pas encore suffisamment l’importance de ces « tempêtes » dans l’engrenage mortel des cas sévères de Covid-19. Mais pour Stanley Perlman, expert en immunologie à l’Université de l’Iowa (États-Unis), qui s’est penché sur ces phénomènes dans les cas du Sras et du Mers, il est fort possible que cette réponse immunitaire exubérante « est ce qui véritablement tue les patients ».

patient coronavirus covid
Crédits : doble-d / iStock

En réponse au phénomène, l’idée serait de pouvoir calmer cet « orage » au niveau des poumons, sans pour autant abaisser les barrières immunitaires des patients touchés. En un sens, retrouver le bon équilibre. Il n’existe pour le moment aucune approche thérapeutique efficace et éprouvée capable de le faire, mais des stratégies sont actuellement testées dans l’urgence alors que la pandémie progresse.

À Paris par exemple, le groupe hospitalier public AP-HP se penche depuis quelques jours sur les effets de plusieurs molécules contre ces réactions inflammatoires excessives dans le cadre de son essai Corimmuno.

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