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Covid-19 : la baisse des émissions de CO2 liée au virus est-elle une bonne nouvelle pour le climat ?

Crédits : Pexel.

Depuis l’arrivée du Covid-19, plusieurs pays ont vu leurs émissions de gaz à effet de serre chuter sensiblement. Un corollaire direct du ralentissement de l’économie mondiale sous l’effet de la pandémie. Néanmoins, cette dernière sert-elle pour autant la lutte contre le changement climatique ? António Guterres, secrétaire général des Nations Unies, a notamment réagi à ce sujet le 10 mars dernier. 

Le ralentissement général de l’activité économique dû à la pandémie de Covid-19 a provoqué une chute parfois spectaculaire des émissions de polluants et de gaz à effet de serre (GES). On pense notamment à la Chine qui a vu une réduction substantielle des rejets de dioxyde de carbone (CO2) au cours des dernières semaines. En outre, la qualité de l’air dans le pays s’est grandement améliorée. Et pour cause, on a observé une diminution très nette des concentrations de dioxyde d’azote (NO2) et de particules fines.

Covid-19 : un effet positif sur l’environnement ? 

En ce sens, la pandémie semble avoir au moins l’avantage de profiter au climat et à l’environnement. Toutefois, il ne faut pas se méprendre. « Nous ne devons pas surestimer le fait que les émissions sont réduites depuis quelques mois. Nous ne lutterons pas contre le changement climatique avec le virus » indiquait ce mardi António Guterres, secrétaire général des Nations unies.

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Illustration du recul de la concentration atmosphérique en dioxyde d’azote en Chine suite à la propagation du Covid-19. Crédits : NASA.

La crise provoquée par le Covid-19 risque même d’avoir l’effet inverse en éclipsant de l’actualité les enjeux environnementaux. « Il est important que toute l’attention qui doit être accordée pour lutter contre cette maladie ne nous détourne pas de la nécessité de vaincre le changement climatique » souligne-t-il. « Nous sommes sur une année critique pour l’action. Plus nous attendrons, plus le défi de faire face à la crise climatique sera difficile » ajoute Manuel Pulgar-Vidal, directeur international Climat et Énergie au WWF.

Aussi, António Guterres insiste sur l’importance de bien différencier les deux problèmes. « L’un est une maladie qui selon toute vraisemblance sera temporaire avec un impact qui le sera également. L’autre est le changement climatique qui existe depuis de nombreuses années et qui restera avec nous pendant des décennies, nécessitant une action constante ». Dans son propos, le secrétaire général des Nations unies rappelle que 2019 a été la seconde année la plus chaude jamais observée à l’échelle mondiale. Elle se place juste derrière 2016 qui fut marquée par un El-nino record.

Comprendre la différence entre pollution et changement climatique

Le point essentiel à assimiler est qu’un ralentissement de l’économie a un effet direct sur la qualité de l’air mais pas sur le dérèglement climatique. Les deux phénomènes étant pilotés par des composés chimiques très différents.

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Exemple de pollution aux particules fines (couche brunâtre) et au dioxyde d’azote (invisible à l’œil nu). Crédits : Wikimedia Commons.

En effet, les gaz responsables du réchauffement global (le CO2 notamment) sont chimiquement très peu réactifs. Dit autrement, une fois émis, ils se stockent dans l’atmosphère pour des décennies voire des siècles. Ainsi, la baisse constatée des émissions n’induira pas une baisse de leur concentration. Encore moins un ralentissement du réchauffement global. La dynamique à l’oeuvre est beaucoup plus inertielle que pour les problèmes de pollution de l’air où les composés (particules fines, dioxyde d’azote, etc.) ont un temps de résidence de quelques heures à quelques jours à peine.

« Les réductions d’émissions liées au coronavirus ne sont pas structurelles. Elles vont disparaître dès que le transport de biens et de personnes sera rétabli après l’épidémie » anticipe Joeri Rogelj, chercheur au GIEC. En effet, des mesures de relance économique sont déjà en cours de réflexion. Or, pour limiter le réchauffement sous 2 °C, ce sont bien des actions structurelles qui sont requises. Et ce, afin d’assurer une diminution draconienne des émissions de GES sur la durée. C’est de cette façon qu’un effet sur le climat peut véritablement se faire sentir. Autant dire que nous sommes encore très loin de nous aligner sur une telle trajectoire.

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