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Covid-19 : à Singapour, le traçage basé sur le volontariat se mue en surveillance de masse

© TheDigitalArtist / Pixabay

Dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19, Singapour peut se targuer d’avoir été le premier pays à lancer le pistage du virus par smartphone. Jusqu’à présent sur la base du volontariat, ce traçage a désormais fait place à un autre service qui ne laisse plus le choix à la population.

L’Europe met en place des applications pour smartphone

En France, le déconfinement a débuté le 11 mai 2020 et le gouvernement prévoit le déploiement d’une application nommée Stop-Covid dès le 2 juin. Avant cela, une phase de tests commencera la semaine prochaine. L’objectif ? Repérer les personnes contaminées autour de soi afin de limiter la diffusion du virus en identifiant des chaînes de transmission. Plutôt contestée, cette méthode de traçage numérique est jugée contraire au respect de la liberté et de la vie privée.

Dans plusieurs pays européens, dont la Suisse, même constat. Comme l’explique le quotidien suisse Le Temps dans un article publié le 6 mai 2020, le Conseil fédéral devra débattre dans le cadre du lancement d’une application similaire. Mise au point par l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), celle-ci pourrait être déployée dès la fin du mois de mai.

Le quotidien suisse rappelle que Singapour est le premier pays au monde à avoir mis en place ce type de traçage au sein de la population. Toutefois, la situation a récemment pris un nouveau tournant que les pays européens devraient observer à la loupe.

Une application basée sur le volontariat

Dès la fin mars 2020, Singapour lançait TraceTogether une application proposée de manière volontaire et anonyme. Cette dernière se base sur la technologie Bluetooth afin de déterminer si deux individus sont restés à proximité l’un de l’autre durant plus de 15 minutes. Rappelons au passage que cette mesure s’accompagnait d’une fermeture des frontières et d’une mise en quarantaine des voyageurs.

application singapour
Crédits : Google Play

Toutefois, il semble que la population n’ait pas assez suivi le mouvement. Selon les autorités singapouriennes, seulement 20 % des 5,6 millions d’habitants ont téléchargé et utilisé TraceTogether. Or, les scientifiques locaux espéraient un taux avoisinant les 60 %, jugé indispensable pour endiguer l’épidémie. De plus, si le bilan de Singapour fait état de “seulement” 21 000 cas pour 20 décès, la ville-état a connu une flambée de cas il y a peu.

Par ailleurs, l’application se révèle inutile dans certaines zones de la ville où surpopulation rime avec promiscuité. Citons également le fait qu’un bon nombre de personnes âgées ne possèdent pas de smartphone ou, le cas échéant, ne savent pas bien l’utiliser.

Une mesure liberticide

La confiance portée à la technologie a pris du plomb dans l’aile et certains responsables ont estimé que la recherche manuelle des contacts était irremplaçable. Néanmoins, le premier ministre de Singapour a fait le choix d’insister et a lancé un nouveau système baptisé SafeEntry. Désormais, à chaque fois qu’un citoyen entre ou sort d’un bâtiment public, il doit scanner un code QR avec son smartphone afin de s’enregistrer.

Outre son caractère obligatoire, le système envoie les données complètes des personnes (nom, numéro de téléphone, localisation, etc) à une centrale de traitement. Ainsi, le volontariat et l’anonymat ne sont plus d’actualité avec ce système qui devrait être étendu le 12 mai dans les entreprises et autres centres commerciaux.